UMP : doubler les seuils sociaux
Il y a quelques jours, j’évoquais ici le cas de l'OVE comme un recul dans la conception même de protection des personnes sans emploi. Aujourd’hui, l’UMP continue dans le démontage du droit social : elle souhaite en effet "doubler les différents seuils" déterminant certaines obligations sociales dans les entreprises (droits syndicaux, comité d'entreprise, règles de licenciement, etc.). [Lire ici]
A l’heure où ma réflexion personnelle me porte plutôt à penser qu’il faut faire dans le monde de l’entreprise le pendant de ce qui se fait dans le monde politique pour les petites communes : une forme d’ « intercommunalité », mais sur le plan social, la direction de l’UMP et le MEDEF tirent en sens inverse.
Il serait tout à fait possible d’étendre la notion d’Unité Economique et Sociale (UES) à des PME d’un même secteur, possédant des dirigeants différents et avec une logique de proximité géographique, par exemple. Ceci permettrait de mettre en place des instances telles que le CE, les DP ou le CHSCT, en atteignant les tailles critiques demandées par la loi actuelle. Par ailleurs, les négociations seraient alors rendues possibles avec des partenaires sociaux vraiment identifiés et reconnus.
Le rôle des instances de représentation du personnel est vécu en France comme un boulet. Nous sommes dans une diabolisation perpétuelle des syndicats et une posture conflictuelle continue. Beaucoup d’exemples montrent au contraire qu’un dialogue social construit et nourri produit des effets vraiment positifs sur le plan économique pour l’entreprise et sur le plan humain pour les salariés.
Nous sommes encore dans une conception « royaliste » de l’entreprise, où seuls les dirigeants auraient la faculté d'omniscience, avec des salariés voués à une obéissance aveugle. Toute critique veant d'en bas serait par nature contreproductive et non recevable.
Cette posture monarchiste du monde du travail finit par être auto-révélatrice puisque qu’elle produit les effets qu’elle s’estime combattre : elle affaiblit les forces constructives, pour donner raison aux forces d’oppositions brutales. Par ailleurs, elle démotive aussi les salariés …
Il est temps que l’entreprise et les entrepreneurs tirent le meilleur profit économique des salariés … en les écoutant et en les considérant comme des forces de propositions potentiellement pertinentes. Certes, la direction gardera toujours sa prérogative décisionnelle, mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit se rendre sourde pour cela !
Sans grand étonnement, je constate donc que l’UMP est encore dans une vision arriérée et ultraconservatrice du monde de l’entreprise … mais qui en aurait douté ! !
Comme ce texte me plait et me ravit. Je suis en total adéquation avec ce que tu dis. Il faut arrêter de voir les syndicats comme une force négative de l’entreprise, mais comme une force progressiste qui a comme ambition le « mieux être » des salariés dans une entreprise saine. Car sans entreprise saine, pas d’emploi durable.
Le problème vient aussi des travailleurs eux-mêmes. Pour beaucoup, un syndicat n’est « crédible » si et seulement si il s’oppose, s’il est en désaccord avec le patron, s’il propose la grève comme seul moyen d’action… D’ailleurs souvent c’est à ça que le cantonne le patron de l’entreprise. C’est tellement pratique pour ne pas changer ses pratiques justement.
Mais les salariés, représentés par les syndicats (ça aussi il ne faut pas l’oublier) ont des idées, veulent aussi souvent faire progresser l’entreprise. Souvent une seule solution à un problème est proposé alors que les salariés peuvent proposer des alternatives, des solutions moins couteuses socialement, et qui peuvent être tout aussi efficace.
Je suis pour faire intervenir tous les « sachants », les syndicats dans les entreprises, les associations concernées sur des dossiers précis… Et mon cher, cela s’appelle, la social-démocratie.
Je rêve d’un monde où la démocratie sociale ne serait plus cantonnée qu’à une simple opposition à la démocratie élective mais aurait un vrai rôle reconnu et efficace, où le dialogue et le compromis seraient reconnus pour résoudre les problèmes.
En tout cas je milite activement en ce sens…