Temps de travail en entreprise
Depuis un mois, la Direction de mon entreprise a engagé des négociations sur le temps de travail. Objectif : rentrer dans le cadre de l’accord groupe Thales en augmentant le temps de travail à 210 jours travaillés par an et en passant les plus jeunes cadres au forfait jours. En tant que Délégué syndical central de l’entreprise, je suis aux premières loges de la négociation.
On pourrait se dire que le temps de travail, dans une entreprise composée à 75% d’ingénieurs et cadres, c’est un sujet de second ordre … ils ne comptent pas leurs heures. Et bien, pas du tout ! Le temps de travail est vécu comme un contenant vis-à-vis de la sphère professionnelle, une limite, mais aussi comme un indicateur sur le contenu de ce travail et son adéquation contractuelle.
La fixation de la durée du travail, c’est la détermination de la limite qui sépare la sphère professionnelle de la sphère privée. Dans un monde moderne où les nouvelles technologies effacent ces limites et permettent autant de travailler chez soi qu’au bureau, la notion de temps de travail revêt la plus haute importance pour qualifier les deux sphères et donc qualifier les droits réciproques. Le travail salarié est un lien de subordination contractuel vis-à-vis de l’employeur, connaitre la limite de ce droit est une façon de maitriser un équilibre qui peut devenir instable, parfois.
Par ailleurs, dans des travaux de nature intellectuelle ou managériale, la mesure du temps de travail, c’est aussi une mise en lumière quantifiée de l’adéquation entre sa charge de travail, ses objectifs et le contrat que l’on a avec l’employeur. Rendre visible la réalité des heures passées, c’est aussi se donner les moyens d’objecter quand la charge de travail dépasse les limites et oblige à faire bien plus que le temps contractuel et parfois même, que le temps de travail légal.
Pour ces deux raisons, on comprend mieux que la notion de temps de travail arrive dans les premiers sujets de préoccupation des salariés, surtout quand le vécu au travail est parfois synonyme de stress, de frustration et de déphasage avec les façons de fonctionner de l’entreprise. La définition du temps de travail, ce n’est pas un sujet dont on parle beaucoup, mais c’est assurément un sujet hautement stratégique en entreprise.
Photo : Open Space © N. Calzas
Monsieur Thierry Fayret,
Vous avez ajouté, ce jour, une de mes photographies (http://www.flickr.com/photos/ncalzas/5171243945/) sur votre site : http://thierry-fayret.typepad.fr/accueil/2012/07/temps-de-travail-en-entreprise.html
Mes photographies sont soumises à un copyright et sont déposées. Ces informations légales sont clairement stipulées et affichées sur mon site. Aussi, je vous laisse jusqu’au mercredi 04 juillet 2012 pour, soit retirer ma photographie de votre site, soit d’annoter clairement mon copyright (© N. Calzas) à côté de ma photographie.
Je ne vous demande aucune rémunération pour l’utilisation de ma photographie et vous laisse le bénéfice du doute quand à votre bonne fois vis-à-vis de mon copyright. Cependant, si vous n’avez pas retiré ma photographie de votre site, ou annoté mon copyright à côté de celle-ci mercredi 04 juillet 2012, je me verrai obligé d’en avertir le service juridique de creative commons, Société spécialisée dans la protection des droits d’auteur protégeant mes photographies.
Comprenez qu’il serait absurde de devoir répondre d’une procédure perdue d’avance pour si peu.
Vous souhaitant bonne réception de la présente et dans l’attente de votre action, je vous prie d’agréer, Monsieur Thierry Fayret, mes sincères salutations.
N. Calzas
Photographe
Cher lanceur d’ultimatum,
Je comprends vos soucis de protéger votre travail.
Toutes les photos que je prends sur Flickr sont affichées sur mon blog dans une basse définition (petite dimension) et lorsque l’on clique dessus, elles renvoient vers la page du créateur de la photo où l’on peut trouver la photo, la galerie et les coordonnés. C’est probablement d’ailleurs par ce lien que vous avez su que votre photo existait sur mon blog d’ailleurs. Cela me semble mieux que de rajouter un copyright qui ne sert pas à grand-chose en termes de lien.
Je ne suis pas artiste comme vous, mais je crois que l’objectif est aussi de faire connaitre votre travail. Aussi, de le rendre visible sur mon blog est pour vous une occasion que d’autres personnes visitent votre page Flickr et voient votre travail.
Ne sachant pas comment techniquement mettre votre copyright à coté de la photo, je l’ai mis en bas de la note. Si cela ne vous convenais pas, je retirerais sans aucune difficulté votre photo. Vous n’avez qu’à me le dire.
Bien cordialement.
Thierry Fayret
En effet, une simple annotation de mon copyright me suffit amplement et je vous en remercie.
Mon but par ce message n’est pas d’importuner les personnes désirant illustrer leur site avec mon travail, et d’ailleurs c’est une certaine forme de reconaissance qui me va droit au coeur. Mon but vise beaucoup plus le visiteur qui, ne voyant aucun copyright et ne cliquant pas sur la photo, se dirait que celle-ci est complètement libre de droit, ce qui est loin d’être le cas, et l’utiliserai donc comme bon lui semble où il le souhaiterai, sans que j’en ai le contrôle.
Aussi, ce message est plus une inquiétude face aux conséquences de l’absence de copyright plutôt que de l’utilisation que vous en avez fait.
Enfin, le ton employé et l’ultimatum ne sont qu’une conséquence de précédents webmasters peu soucieux du respet des lois avec qui j’ai été obligé de faire appel au service juridique de creativ commons. Fait extrêmement regrétable car je ne veux pas faire commerce de mes photographies et je prends toujours plaisir à les voir sur des sites à travers le monde.
Bref, désolé si je vous ai heurté, et surtout merci d’avoir choisi une de mes photographies et d’avoir annoté mon copyright.
Bonne continuation
Merci pour votre message et merci pour votre travail que je trouve très réussi.
Bonne continuation de votre coté aussi.
Bonjour Mr Fayret,
Je lis votre blog depuis quelques semaines et votre article intéressant soulève des questions et je désirerais avoir votre avis sur ces points:
Est-ce que augmenter le temps de travail ne revient pas à supprimer des emplois ou empêcher d’en créer?
Vous dites que 75% d’ingénieurs et cadres ne comptent pas leurs heures. N’est-ce pas pour cette raison qu’ils comptent sur leur jours de repos? Ils peuvent ainsi bénéficier d’un vrai repos physiologique.
N’est-ce pas privilégier la « sphère professionnelle » à la vie privée qu’augmenter le nombre de jours de travail?
Merci pour les éclaircissements que vous m’apporterez.
Bonne continuation.
Bonjour Monsieur Dido,
La précision de vos questions me porte à croire, avec une certaine assurance, que nous sommes collègue de travail. Je ne peux donc que vous conseiller de me poser vos questions au travers de nos mails professionnels. Je serais ravis d’y répondre … je n’ai jamais mangé personne ! Je ne crois pas que ce blog public soit là pour traiter les détails des discussions qui ont lieux au sein de Thales (d’autant que vous le savez, nous avons un blog interne pour cela).
Néanmoins, vous posez certaines questions d’ordre général, je vais m’efforcer d’y répondre dans ce cadre.
Oui, augmenter le temps de travail, revient à supprimer des emplois (dans une certaine limite, c’est plus vrai quand on parle de plus ou moins 10% ou 20% que de 2%). Mais, il ne faut pas se tromper de question. La question du temps de travail liée à l’emploi est une question d’ordre politique (Cf. la loi Aubry sur les 35h), quand la question du temps de travail dans un accord d’entreprise relève d’une direction, des salariés au travers de leur représentation et du code du Travail.
Il faut bien différentier ces deux niveaux d’actions : celle du politique, qui édictent les lois (ou les discute) et celle du syndicalisme, dont le rôle n’est pas d’édicter les lois, mais de défendre l’intérêt des salariés … et ceci, dans le cadre de la loi et de son fonctionnement d’entreprise.
Or la loi actuelle ne donne pas le pouvoir aux syndicats de diriger les entreprises (surtout en France). La loi interdit certaines pratiques, mais surtout cadre l’action des dirigeants pour suivre des procédures précisent, définies dans le Code du Travail, comme pour un licenciement, un plan de sauvegarde de l’emploi, ou la révision d’un accord, comme c’est le sujet aujourd’hui sur le temps de travail. Mais au-delà de la procédure, la Direction d’une entreprise est maitre à bord … y compris pour faire des choses que l’on peut juger bêtes, pour peu que cela ne soit pas interdit.
Certes, les syndicats ont le droit d’objecter, voire même de bloquer en faisant grève, mais il faut savoir peser l’enjeu et la réponse adaptée. On bloque une entreprise quand l’enjeu est un risque de premier ordre comme la sauvegarde de l’emploi dans le cadre de licenciements ou une injustice majeure. On freine l’activité de l’entreprise pour demander une plus juste répartition entre les salaires ou par rapport au profit. Mais dans la majorité des autres cas, on négocie … parce que l’on n’a pas le choix et que l’intérêt général des salariés de l’entreprise en dépend. Une Direction peut très bien reprendre la main et passer outre, c’est probablement d’ailleurs le cas dans la majorité des entreprises.
Dans une négociation entre syndicats et Direction, il faut peser tous les paramètres avant de bloquer une négociation. Il faut regarder si la solution hors table des négociations sera plus favorable pour les salariés, si le chemin pour l’atteindre ne sera pas plus risqué (on ne joue pas avec l’intérêt des salariés), si la mobilisation et l’inquiétude des salariés provoquées par un conflit n’est pas plus génératrice de mal être et de stress dans l’entreprise que la solution sur la table, si en passant par un conflit on prend en compte les intérêts économiques de l’entreprise sur lesquels les salaires de tous dépendent, etc …
La prise de position dans une négociation n’est pas un choix binaire vis-à-vis de la seule proposition portée par la Direction. Elle appartient à un cadre plus large, comprenant le faite que la Direction n’est pas parfaite, qu’elle peut faire des erreurs, mais que la loi ne nous donne pas le pouvoir de l’arrêter si elle ne désire rien entendre.
La négociation, c’est arriver au meilleur compromis, pas à la meilleure solution dans l’absolue. Mais qui est détenteur de la meilleure solution dans l’absolue ? Il faudrait être bien présomptueux pour croire être seul à la détenir, face à d’autres. Notre rôle de syndicalistes est de défendre l’intérêt des salariés, dans un cadre large. Si une Direction propose des âneries, mais avec des conséquences limitées, notre rôle n’est pas forcément de tout bloquer et de la renforcer dans une stratégie jusqu’au-boutiste. Notre rôle est plutôt, dans la négociation, de l’amener à produire de la valeur ajoutée à son projet, afin de limiter la casse et de mettre le maximum de protections pour les salariés.
Sur le nombre de jours de travail, on peut philosopher et probablement que je vous rejoindrais d’ailleurs.
En effet, les cadres travaillent dans l’entreprise sans compter leur temps. Une fois arrivés au boulot et en dehors de contraintes horaires perso (famille, rendez-vous, etc …) l’indicateur de fin de journée n’est pas la pendule, mais plutôt la fatigue ou l’épuisement. C’est pour partie l’intérêt pour leur travail et leur conscience professionnelle qui les amènent à se comporter ainsi et ce n’est pas en soi forcément une mauvaise chose (pour l’entreprise, comme pour le salarié).
Le problème est que dans une entreprise à fort niveau de stress et d’enjeux sur des projets ou des affaires, la limite de la fatigue dans la journée peut être repoussée assez loin et donc les horaires explosés sur la durée. La loi cadre cela, mais il nous faut rester vigilant là-dessus et s’assurer que des protections sont bien en place. Nous devons pouvoir détecter suffisamment en amont des personnes qui, soi iraient trop loin de leur propre fait, soit seraient poussées par leur hiérarchie jusqu’à l’épuisement. Avant même la question du burnout, c’est tout simplement celle de l’équilibre personnel de la personne qu’il nous faut protéger.
Donc, oui, vu que pour les cadres, la durées journalière est un paramètre difficilement ajustable et contrôlable (quelque soit le type de forfait d’ailleurs), la question des jours de repos est importante, pour ceux qui souhaitent en prendre. Nous avons toujours défendu cela, y compris dans le cadre de cette négociation … et nous avons été entendu par la Direction d’ailleurs !
Voilà, j’en reste là. Mais je suis prêt à échanger de façon plus précise sur les termes de l’accord qui fait tant débat, mais dans le cadre de nos mails professionnels que vous saurez parfaitement trouver, vu que vous avez trouvé mon blog !
Bonne journée.