Nous sommes tous des Madoff !
J’ai envoyé hier une « chronique de controverse » sur le site du Monde : Nous sommes tous des Madoff ! Les commentaires qu’elle a reçus témoignent d’ailleurs de la difficulté qu’il peut y avoir à parler de ce sujet …
Il y a déjà plusieurs années, je m’étais essayé à décortiquer le principe du « système pyramidale ». L’exercice m’avait paru instructif et après analyse, je n’étais pas loin de penser que ce modèle était finalement largement applicable à l’organisation du monde réel.
Après une arnaque de 50 milliards ayant dupé des investisseurs avertis et des cabinets d’audit, il nous faut oser questionner ce modèle et peut-être entrevoir une réalité qui fait mal : ce modèle pyramidale, tant critiqué dans l’affaire Madoff, n’est-il pas aussi installé au cœur de notre système économique libéral mondialisé ? Si les malversations de Bernard Madoff ne sont pas apparues clairement sur nos indicateurs comme une fraude générale, n’est-ce pas parce que ce principe est déjà extrêmement intériorisé dans nos usages économiques ?
Alors, article dérangé ou article dérangeant ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur le sujet car si nous sommes tous devenus des Madoff contre notre plein gré, nous ne sommes pas obligés de le rester !
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Hier soir, j’écoutais DSK sur France 2 expliquer la crise mondiale, vue du FMI et trois éléments peuvent être mis en perspective sur ce même thème :
Les subprimes, éléments déclenchant de cette crise, ne sont-ils pas structurellement sur le modèle d’une fraude pyramidale : entrainer des personnes trop faiblement solvables à investir dans un logement, pour faire tourner la machine financière et économique. Certains leur ont fait miroiter l’acquisition d’un logement (attente légitime et sécurisante des ménages), mais en leur faisant prendre tous les risques. Tout le monde ne fut pas perdant, vers qui sont remontés les profits de ces opérations ? Le modèle libéral nous dira que les perdants des subprimes n’avaient qu’à faire attention … les floués de Madoff aussi !
Sur la gouvernance de nos grands groupes mondialisés qui aujourd’hui concentrent énormément de pouvoirs économiques (leurs chiffres d’affaires dépassent largement ceux de certaines nations), DSK a évoqué le problème de la consanguinité des conseils d’administration qui les dirigent. Ne sommes-nous pas là aussi sur un modèle pyramidale, avec une privatisation des pouvoirs par un petit nombre d’individus qui s’octroient des droits au-delà de tout débat démocratique ?
Enfin, l’intervention de Monsieur Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l’ONU et ministre égyptien, clos le tableau. Parlant du G8 et du G20, il a clairement dit que ce type de réunion, des pays les plus riches, pour discuter de sorties des crises qui leur seraient favorables économiquement étaient un déni de démocratie mondiale, et à ce titre, très mal perçues par le monde en développement. Pyramide ou gestion démocratique transversale ?
Le libéralisme contemporain, c’est l’art de faire assumer les risques des gens qui ne peuvent pas les prendre par ceux qui ne peuvent pas les comprendre.
Votre chronique paraît au premier abord séduisante. Elle trouve son utilité dans ce qu’elle peut faire réfléchir ceux qui en sont capables, pour lever le paradoxe de ce qui n’est qu’un sophisme, comme l’a bien remarqué un abonné de « Le Monde.fr ». Mais la grande masse des français, y compris dans les plus hautes sphères de l’État, sont “nuls” en économie, comme ils le sont en grammaire et en mathématiques (élémentaires évidemment), et sont incapable d’en trouver la solution. Dans l’économie “réelle” dont vous parlez, il y a la “création de valeur”. C’est elle qui est accaparé dans un système qu’on peut en effet qualifier de pyramidale. Le salaire représente, en effet, une part de la plus value. D’où l’important débat actuel sur le fameux partage du profit.
Autre différence entre le système du salariat et celui de Madoff, qui n’est que qu’une chaîne de Ponzi : Personne n’était obligé pour survivre, d’“investir” chez Madoff (et ce n’était pas un investissement). Tout le monde doit “travailler” pour survivre (se nourrir, se loger, etc).
Pour revenir à mon précédent commentaire, on produit éventuellement d’autres biens que ceux dont on a besoin, et, par l’intermédiaire du salaire, on les échange contre les biens dont on a besoin. Et c’est à ce niveau que le partage s’effectue : le salaire est-il le juste prix du travail ? Question restée jusqu’ici sans réponse scientifique. Voir, par exemple l’Iran, un pays aux nombreuses ressources, et dont la majorité de la population vis dans une grande misère.
Monsieur Henry AUBERT,
D’abord, merci pour votre réponse que je crois sincère et honnête, contrairement à certaines lues sur le site du Monde, assez peu constructives et instructives dans les faits.
Votre commentaire pose deux questions pouvant être débattues. La première est celle du sophisme ou non de mon article, la seconde est celle du rôle du politique dans notre société.
Prenons les choses dans l’ordre !
Cette chronique est-elle mensongère en voulant faire croire ce qui n’est pas. Personnellement, et au niveau où je me place, je ne le crois pas. Certes, si l’on rentre dans les théories économiques, elle ne tient sûrement pas la route plus d’une seconde, mais là n’était pas le propos. Je ne m’en tiens qu’aux effets induits, aux constats et à la comparaison de ce que produisent deux modèles pyramidaux. Et comme je le mets en intro sur mon blog, tant les subprimes que la consanguinité des CA de multinationales ou les « clubs G8 ou G20 » de pays riches abondent dans ce sens, comme le constat fait dans l’article sur les inégalités salariales de notre modèle de développement, ramenées en taux horaire (l’heure de vie me semblant être un paramètre d’égalité entre humains, en moyenne).
Vous êtes statisticien aussi je me permets de reprendre la citation de G.Box : « Tous les modèles sont faux, certains sont utiles. » Mon article n’a pas d’autre prétention que d’être faux ramené à une lecture économique théorique. Pour autant, s’il questionne tout un chacun et permet d’aboutir à une lecture du monde oeuvrant pour une limitation des inégalités, il aura fait son travail. La réalité est qu’en face de moi (en tant que politique), il n’y a pas que des universitaires qui votent et donc, il faut bien amener du sens et du questionnement aux autres aussi … sans tomber dans la démagogie, ce que j’espère, je n’ai pas fait.
Donc sophiste sûrement, pour des économistes, mais je ne m’adressais pas en priorité à eux !
Second point, sur le rôle du politique. Moi, je suis ingénieur de formation et mon métier, c’est d’être responsable de la partie mécanique d’un treuil qui envoie un sonar dans l’eau depuis un hélicoptère pour chasser les sous-marins. Sur ce créneau, je surpasse beaucoup de monde (j’espère !) Sur le reste, je suis un citoyen lambda qui aime réfléchir et se poser des questions, rien de plus. Mon rôle politique est un rôle de représentation de la population et d’orientation politique, c’est (je crois) le sens de la représentation démocratique. Je n’ai nullement vocation à exceller en économie, en mathématique ou même en grammaire (et encore moins en orthographe, je l’ai déjà dit ici même !)
J’aime bien faire un parallèle avec mon métier. S’il fallait que je sois diplômé d’économie pour pouvoir en parler, alors quand tout un chacun souhaiterait acheter une voiture, c’est moi ou un de mes confrères qui décideraient laquelle … non ? Tout choix ne se résume pas à des débats d’experts ou de sachant. Il doit être possible de mettre le débat à un niveau largement partagé … sans tomber dans un café du commerce, quoi que !
Vous dites : « les plus hautes sphères de l’État, sont “nuls” en économie » et quelques lignes plus loin : « le salaire est-il le juste prix du travail ? Question restée jusqu’ici sans réponse scientifique. » Cette dernière question est pourtant fondamentale sur le plan sociétal et mon avis est que si les scientifiques n’ont pas apporté de réponses, les politiques eux le doivent … et que l’un n’empêche pas l’autre.
La force du politique est de pouvoir donner des orientations au développement humain, pas de s’attacher à la complexité des choses. Pour reprendre l’exemple des voitures, le politique dit qu’il faut y aller sur la voiture électrique et il donne les moyens, ce n’est pas lui qui s’occupe du reste. Pareil quand JFK déclare qu’il faut aller sur la lune, j’imagine qu’il n’y connaît pas grand chose en fusées, c’est juste l’expression d’une ambition et d’une orientation, le reste n’est qu’une question de volonté, de temps, de moyens et de spécialistes.
Je ne comprends toujours pas pourquoi il n’en serait pas de même en économie ! Peut-être simplement parce que certains veulent privatiser la décision politique collective sur le sujet ? De plus en plus de hauts politiques nationaux sont aussi des hauts fonctionnaires (ENA, X & Co). Cela laisse à penser que le politique doit tout savoir. Il me semble au contraire qu’il peut y avoir là un conflit d’intérêt … quel que soit le parti d’ailleurs ! Le débat politique devrait toujours pouvoir être entendu par le plus simple de nos concitoyens. Tous les discours sur la complexité des choses sont des discours risqués qui alimentent le statu quo … et là encore, pour le profit de qui ?
Sachons faire réfléchir nos concitoyens, sachons poser les questions qui dérangent et sachons prendre les décisions qui vont bien. Le reste est en effet une affaire de spécialistes … tout comme la céramique spéciale des soupapes de nos moteurs de voitures qui leur donnent leurs performances et leurs longévités. Cette céramique n’intéresse personne, la performance et la longévité de nos voitures, tout le monde.
Voilà, j’en conclue là sur mon propos et ma vision de la chose ! Encore merci pour votre commentaire constructif qui invite au débat et à la réflexion.
Cordialement
« Mon article n’a pas d’autre prétention que d’être faux ramené à une lecture économique théorique. Pour autant, s’il questionne tout un chacun et permet d’aboutir à une lecture du monde oeuvrant pour une limitation des inégalités, il aura fait son travail. »
Cet extrait surréaliste me fait penser à deux précurseurs dans le domaine des petits arrangements avec la vérité :
« Pour un journaliste de gauche, le devoir suprême est de servir non pas la vérité, mais la révolution » (Salvador Allende)
« La vérité, c’est ce qui sert le Parti » (Lénine)
Franchement, cette réponse « politique » rappelle de facheux souvenirs.
J’ai cru comprendre que vous étiez ingénieur. Je ne remettrai donc pas en question des concepts mathématiques de base.
En parlant de sophisme, M. Aubert est très courtois (trop). Et votre réponse prouve encore mieux qu’il a raison.
Je vous conseillerai donc de ne pas confondre un système pyramidal de type Ponzi, qui ne crée aucune richesse mais aspire des flux financiers d’une base sans cesse élargie vers le sommet, avec un système productif qui crée des richesses (de la « valeur ajoutée »).
On peut ensuite débattre à l’infini de la REPARTITION de ces richesses, mais c’est un autre problème, … et un vaste débat.
Evitez donc de remettre en cause les concepts DE BASE la science économique, comme j’évite de remettre en cause la propagation des ondes dans l’eau.
« Tous les modèles sont faux, certains sont utiles. »
Vous êtes sur que vos sonars fonctionnent bien ?
Cher Monsieur Valley73,
Je comprends que vous soyez un peu perturbé avec un non pareil, mais bon … restons sur le sujet.
Si vous aviez lu mon propos avec attention, vous auriez remarqué que je ne dis jamais que l’économie réelle est un système de Ponzi, mais je dis que les deux modèles provoquent des effets très proches en terme de résultats. Que cela remette en cause vos concepts de base en sciences économiques, cela ne me dérange pas une seconde. Mon propos relève du constat et vous irez dire vous-même aux floués des subprimes qu’ils ont créé de la richesse, tout comme à ceux de Valeo !
Ce qui m’attriste par contre (surtout dans le contexte actuel), c’est que l’on puisse dire : « On peut ensuite débattre à l’infini de la REPARTITION de ces richesses, mais c’est un autre problème, … et un vaste débat. » Le problème mon bon monsieur, c’est que cela va bientôt faire un siècle que les économistes débattent … sans grand succès au regard de la crise qui nous frappe d’ailleurs !
Je crois qu’il est temps que les peuples arrêtent de sous traiter la réflexion économique à des spécialistes ou des experts et décident ensemble du monde qu’ils veulent. Le politique a un rôle de premier rang à jouer sur cette question dans une démocratie.
Mais j’y reviendrais … sûrement d’une façon qui ne vous conviendra pas d’ailleurs.
Concernant les ondes dans l’eau, elles sont sûrement plus faciles à reproduire théoriquement que l’économie réelle. Pour autant, les sous-marins arrivent quand même à se rentrer dedans.
Rien ne va plus dans ce monde, mon bon monsieur … ou ma bonne dame, qui sait ?
Cordialement quand même.