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Brest : le temps du renouvellement est venu
8 mars 2026
Dans une semaine, les Brestois voteront pour le premier tour des élections municipales. Une question simple se pose : allons-nous prolonger un système qui dure depuis plus de vingt ans, ou ouvrir une nouvelle page pour Brest ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il y a cinq mois, 75 % des Brestois déclaraient ne pas vouloir d’une cinquième candidature du maire sortant, François Cuillandre.
Et comble de ce sondage : il avait été réalisé à la demande des partenaires de la liste « la Gauche unie » (comme elle s’autoproclame), en particulier les écologistes. Donnons-leur raison.
Cette attente de renouvellement est d’autant plus compréhensible qu’un article publié il y a dix jours par Mediacités, média d’investigation en ligne spécialisé dans les enquêtes locales, met en lumière les liens entre certaines dérives dans les pratiques publiques et la longévité politique dans les grandes villes.
« La longévité des mandats locaux peut favoriser l’émergence de pratiques clientélistes et de conflits d’intérêts. […] L’alternance politique apparaît comme un puissant antidote à l’enracinement de la corruption. […] La limitation des mandats et le renouvellement des équipes dirigeantes sont donc des impératifs démocratiques, pour prévenir l’enkystement des pratiques illicites. […] Une autre explication de la corruption au niveau local peut résider dans une certaine culture de la loyauté, susceptible de primer sur les impératifs éthiques. Dans le microcosme de l’hôtel de ville, la première des vertus n’est en effet pas la probité, mais la fidélité au chef. »
L’opacité persistante
À l’heure où plusieurs listes attendent toujours les réponses du maire sur l’usage du manoir de Kerbriant (lire ma précédente note ici), il est utile de rappeler une règle simple : lorsque l’usage d’un lieu public ne peut pas être expliqué clairement aux habitants, la question de l’éthique se pose inévitablement.
Dans de nombreuses villes françaises, des polémiques ont éclaté lorsque des logements ou des biens publics ont été utilisés au bénéfice de proches d’élus (leurs enfants notamment). Dans certains cas, la justice a même considéré qu’il pouvait s’agir de prise illégale d’intérêts, conduisant à des condamnations pénales et à des peines d’inéligibilité. Ces affaires rappellent une règle simple : les biens publics doivent être utilisés dans l’intérêt général, et non dans l’intérêt particulier.
À Brest, le niveau de discrétion qui entoure certains usages du manoir de Kerbriant continue d’interroger et crée un malaise. Durant ce mandat, plus d’une dizaine d’élus, de journalistes et de citoyens m’ont interrogé à ce sujet, évoquant des usages qui, s’ils étaient avérés, ne correspondraient pas forcément à l’usage public auquel on pourrait s’attendre pour un bien municipal.
Pour lever le doute, il suffirait que le maire explique clairement quel est l’usage de ce lieu, qui peut y séjourner et dans quelles conditions. Force est de constater que les élus actuels bottent en touche depuis le début de cette campagne, malgré les relances très claires de plusieurs listes concurrentes.
Lorsque tout est transparent, les doutes disparaissent d’eux-mêmes. Lorsqu’on refuse de répondre, les questions demeurent et le doute s’installe sur le respect des exigences éthiques.
Évidemment, pour les personnes ayant une sensibilité de gauche comme moi, le fait que le maire sortant accapare cette position sur l’échiquier politique sans proposer de véritable renouvellement laisse toute une partie de l’électorat de centre gauche orpheline et désorientée.
Pour ma part, j’avoue apprécier la dynamique et le courage de dire les choses de la liste « Brest Nouvelle Vague », menée par Sébastien Muscat, très centrée sur la société civile et proposant un large renouvellement (90 %). Sortir des logiques partisanes ne peut que revitaliser la vie politique et la participation des citoyens.
Sur la question des propositions pour l’avenir de Brest, il me semble qu’ils portent de bonnes idées, ancrées dans une réalité et un réalisme qui me parlent. On est loin du catalogue de la liste Cuillandre, qui, comme à son habitude, a recyclé une grande partie des idées déjà issues du travail de la collectivité durant le mandat. Mais l’essentiel reste les orientations et le sens, et Brest Nouvelle Vague n’en manque pas.
Dans une lecture plus à gauche, même si j’avoue ne pas être toujours en phase avec la ligne insoumise, la composition de la liste « Brest Insoumise », menée par Cécile Beaudouin, me semble également rassembler des personnes de valeur qui, là encore, proposent un véritable renouvellement.
Je ne partage pas toutes leurs propositions, mais elles me paraissent bien loin de l’image caricaturale que certains cherchent à coller aux listes insoumises aujourd’hui.
Plus à gauche, cette liste peut donc également représenter un choix intéressant, même si je crains qu’elle ne soit pas en capacité de l’emporter au second tour dans le contexte actuel. Le risque existe qu’elle se compromette dans une fusion avec l’équipe du maire sortant, au prix d’un sérieux renoncement politique et d’une perte de lisibilité éthique, au regard des condamnations judiciaires qui ont marqué ce mandat.
Enfin, pour ceux qui se sentiraient davantage au centre, tirant vers la droite, la liste « Une nouvelle histoire pour Brest », menée par Stéphane Roudaut, propose également une option tout à fait respectable et construite.
Les tentatives de radicalisation ou de décrédibilisation de cette liste par certains responsables socialistes brestois ne leur font pas honneur et témoignent de la crise existentielle qu’ils traversent actuellement.
Stéphane Roudaut sort de deux mandats à Gouesnou, où il a montré sa capacité à gérer sereinement le débat politique tout en respectant son opposition. C’est un point essentiel dans un fonctionnement démocratique, domaine dans lequel l’équipe sortante du maire de Brest n’a pas toujours montré qu’elle excellait, affichant parfois davantage de mépris pour son opposition qu’une posture constructive.
Nous avons avant tout besoin d’un maire qui respecte le débat public, l’éthique et l’écoute des citoyens. Actons que Stéphane Roudaut représente également une candidature de renouvellement ayant fait ses preuves sur ces aspects-là dans ses précédents mandats.
Voilà pourquoi je pense que ces trois listes représentent une diversité suffisante pour celles et ceux qui ne veulent pas aller voter en se pinçant le nez. Vous aurez compris que la première aura plutôt ma préférence, mais je trouve honorables et constructives les campagnes menées par les deux autres.
Dimanche prochain, faisons un premier pas vers le renouvellement des personnes et des pratiques à Brest, pour nous tous, mais aussi pour la santé démocratique et éthique de notre territoire. Brest mérite ce renouveau.
Pour être honnête, je n’en pense pas de mal. Je l’ai rencontré à deux reprises il y a plusieurs mois et il m’avait fait l’effet d’un personnage intéressant et sincère.
Je trouve qu’il a été fortement caricaturé par la presse à la suite de sa prise de position en conseil municipal, lorsqu’il a légitimement voulu soutenir une famille dont un proche était décédé dans un rodéo urbain, face à l’inaction et le silence de la collectivité et des élus brestois. C’était, à mon sens, une réaction humaine et légitime, qui ne méritait pas la réponse que lui a réservée Cuillandre (lequel a d’ailleurs été condamné à deux reprises pour cela).
Il m’avait confié avoir débuté en politique avec La France Insoumise, et on retrouve effectivement une même sensibilité dans son fond. Mais son histoire personnelle et sa culture l’ont rapidement mis en porte-à-faux avec les positions de LFI, notamment sur les questions religieuses, dont le contexte est très différent en Turquie (Islam dur). C’est ce qui l’a, selon lui, conduit à s’éloigner du mouvement.
Sur le fond, je le perçois comme un « indigné » : quelqu’un capable de prendre fait et cause pour des personnes en situation de vulnérabilité. C’est une qualité que j’apprécie chez lui.
Cela dit, je pense qu’il reste novice en politique et qu’il ne maîtrise pas encore les codes partisans qui structure la vie politique en France. Cette méconnaissance, combinée à une culture différente, fait que ses prises de position ou ses actes déstabilisent nos grilles de lecture habituelles et sont parfois mal interprétés.
Ce que je regrette davantage, c’est sa décision de fusionner sa liste avec celle de Reconquête. Là encore, je pense que c’est un manque de repères politiques. On ne s’associe pas au parti de Zemmour sans en être durablement marqué et toute la polémique autour du classement de sa liste en est l’illustration parfaite.
En résumé : le personnage reste intéressant, mais ses débuts en politique ont été un peu brouillons, et la fusion avec Reconquête reste pour moi un point bloquant. Cela dit, rien n’est figé en politique. S’il poursuit son engagement, il peut encore clarifier sa trajectoire et apporter du renouvellement dans les idées et les pratiques. C’est à lui d’écrire sa vision politique …
Ouest France du 9/03/26, Cuillandre interview :de l’art de rien dire en blablatant !
Il est trop fort!
Que pensez-vous de la candidature de Nazim Yénier ?
Bonjour Pierrick,
Pour être honnête, je n’en pense pas de mal. Je l’ai rencontré à deux reprises il y a plusieurs mois et il m’avait fait l’effet d’un personnage intéressant et sincère.
Je trouve qu’il a été fortement caricaturé par la presse à la suite de sa prise de position en conseil municipal, lorsqu’il a légitimement voulu soutenir une famille dont un proche était décédé dans un rodéo urbain, face à l’inaction et le silence de la collectivité et des élus brestois. C’était, à mon sens, une réaction humaine et légitime, qui ne méritait pas la réponse que lui a réservée Cuillandre (lequel a d’ailleurs été condamné à deux reprises pour cela).
Il m’avait confié avoir débuté en politique avec La France Insoumise, et on retrouve effectivement une même sensibilité dans son fond. Mais son histoire personnelle et sa culture l’ont rapidement mis en porte-à-faux avec les positions de LFI, notamment sur les questions religieuses, dont le contexte est très différent en Turquie (Islam dur). C’est ce qui l’a, selon lui, conduit à s’éloigner du mouvement.
Sur le fond, je le perçois comme un « indigné » : quelqu’un capable de prendre fait et cause pour des personnes en situation de vulnérabilité. C’est une qualité que j’apprécie chez lui.
Cela dit, je pense qu’il reste novice en politique et qu’il ne maîtrise pas encore les codes partisans qui structure la vie politique en France. Cette méconnaissance, combinée à une culture différente, fait que ses prises de position ou ses actes déstabilisent nos grilles de lecture habituelles et sont parfois mal interprétés.
Ce que je regrette davantage, c’est sa décision de fusionner sa liste avec celle de Reconquête. Là encore, je pense que c’est un manque de repères politiques. On ne s’associe pas au parti de Zemmour sans en être durablement marqué et toute la polémique autour du classement de sa liste en est l’illustration parfaite.
En résumé : le personnage reste intéressant, mais ses débuts en politique ont été un peu brouillons, et la fusion avec Reconquête reste pour moi un point bloquant. Cela dit, rien n’est figé en politique. S’il poursuit son engagement, il peut encore clarifier sa trajectoire et apporter du renouvellement dans les idées et les pratiques. C’est à lui d’écrire sa vision politique …
Bonne soirée.