Croissance : drogue ou produit masquant pour l’économie ?
Dans les médias, les économistes de tous bords font front commun pour défendre un retour de la croissance. A la façon d'un toxicomane en manque, les économistes hurlent à la croissance. Est-ce une dépendance clinique ou cela cache-t-il bien autre chose ?
Nos modèles économiques revendiquent une justice sociale fondée sur l'idée que la croissance des uns, aussi démesurée soit-elle, finie par profiter aux autres. C'est cette théorie qui justifie les salaires ou les capitaux mirobolants d'une minorité s'affichant comme des locomotives pour tout le système.
Mais voilà, la mécanique s'est grippée. Officiellement, certains auraient abusés de jeux financiers trop complexes et il y aurait eu création de produits toxiques ! Mais la réalité est sûrement finalement plus simple, mais risque de mettre quelques années a être acceptée : c'est la promesse d'une croissance à 5% par an qui est une promesse toxique !
Tout système ne peut croître que de ce qu'il prend ou reçoit. Aujourd'hui, nous semblons découvrir que les matières premières vont venir à s'épuiser et que le soleil est la seule ressource durable sur terre, qui se transforme de diverses façons. Il va donc bien falloir négocier avec cela. La croissance globale va devoir s'équilibrer à hauteur du flux d'énergie solaire que l'on reçoit et transforme. Quand à la « croissance matérielle », elle n'a d'avenir que dans le cadre d'une réflexion de type « écosystèmique » à l'échelle des usages humains.
Pour résumer, il va falloir s'habituer à une croissance globale proche de zéro, car c'est finalement la seule dont nous disposions durablement. Cela ne signifie pas qu'individuellement la croissance sera nécessairement nulle, un effet de noria entre générations, entre pays peut générer des « croissances relatives », mais certainement plus raisonnées et mesurées que l'hyperconsommation actuelle.
Donc, s'il n'y a plus de croissance à l'avenir, la règle fondant la justice sociale du système d'hier tombe elle aussi. Une fois la promesse d'une croissance perpétuelle tombée, une question va se poser, celle de la répartition des richesses, celle des inégalités frappantes entre pays, mais aussi dans les pays. Le voile va tomber sur le modèle économique et les peuples risquent de demander des comptes à tous ceux qui ont fait vivre ces modèles. Voilà ce qui perturbe la sphère économique ces derniers jours, simplement la peur d'avoir à rendre des comptes … pas forcément financiers d'ailleurs.
Non, la croissance n'est pas un produit addictif pour les économistes, c'est simplement un produit masquant pour les modèles qu'ils ont défendus depuis des années et qui ont justifié tant d'inégalités sociales, ici et partout dans le monde. Un produit masquant comme en utilisent certains sportifs, pour cacher ce qui leur permet de faire des performances hors du commun.
Mon Dieu… mais c’est affligeant. Et vous osez publier ça dans « le Monde » ? Outre les fautes d’orthographe, il faudrait que vous appreniez que l’essentiel de la création de richesse se fait aujourd’hui dans le secteur des services, qui est celui qui croît le plus rapidement, et qui ne nécessite que très peu de ressources matérielles. Votre espèce de soupe de thermo-dynamique mal digérée et revomie dans des non-sens faramineux fait de ce billet un monument d’incompréhension totale de ce qu’est la croissance économique.
Cher VilCoyote
D’abord, puisque que vous semblez un lecteur attentif du Monde, sachez que les chroniques qui paraissent sont d’abord lues par des journalistes qui en analysent l’intérêt. Tout le monde ne semble donc pas partager votre point de vue sur mon « monument » ! D’ailleurs concernant cette chronique, un des journalistes du dit journal m’a fait savoir qu’il partageait l’analyse que vous semblez trouver affligeante !
Ensuite sur le fond, je ne parle pas exclusivement de la croissance française, mais de la croissance globale, c’est-à-dire mondiale. Continuer à réfléchir ces problèmes à l’échelle d’une nation est un « non-sens faramineux » (comme vous dites !) tant les interconnexions sont grandes au niveau des économies. Prise à l’échelle de la planète, la croissance ne se fait toujours pas majoritairement sur de la matière grise. Pour exemple, si on prend comme indicateur l’empreinte écologique de l’humanité : elle était de 80% de la biocapacité mondiale en 1970 et elle était de 125% en 2005. La courbe continue d’ailleurs sur le même rythme. Si ce que vous assénez était juste, cette courbe ne monterait plus !
Enfin, sur la forme et les fautes d’orthographes que vous semblez mettre au premier plan, j’assume … et je revendique même le droit d’en faire, même si par politesse pour mes lecteurs, je fais mon possible … pour en faire le moins possible ! Etant sujet à une légère dyslexie, comme sûrement bien d’autres de mes contemporains, je ne vois pas naturellement ce genre d’anomalie orthographique dans les textes. C’est comme cela. Est-ce pour autant que je devrais ne plus rien écrire et me résoudre au silence ? Personnellement, je pense que non et au regard de tout ce que j’ai pu écrire ici ou ailleurs, l’expérience m’a montré que j’avais raison. Bien des personnes apportent plus d’intérêts au fond qu’à la forme … et je m’en réjouis. Dans nos sociétés, l’orthographe reste un mode de sélection sociale puissant qui sert souvent à censurer ceux avec qui on n’est pas d’accord et je me plais à m’élever contre cela. Prenez donc mes fautes d’orthographes comme une forme de signature assumée !
Bien cordialement
PS : concernant vos problèmes gastro-entérologiques, je vous laisse consulter un psy pour cela 😉
Mon cher Thierry,
merci pour votre courtoise réponse. Malheureusement pour vous comme pour le Monde, l’opinion de ses journalistes n’est pas un gage de qualité. Je feuillette lemonde.fr plus que je ne le lis assidûment, mais votre chronique ressortait visiblement en pleine première page.
Concernant la compétence des journalistes du Monde en matière économique, il y aurait beaucoup à dire, et énormément d’âneries à relever. Je le fais régulièrement sur le blog auquel renvoie mon pseudo. http://www.optimum-blog.net/post/2008/12/20/Le-role-des-medias-dans-linformation-economique Ce billet résume mon opinion de la presse française en la matière. Fouillez un peu sur le blog si vous en avez le temps, vous trouverez moultes illustrations des insuffisances du Monde.
Je regrette donc de vous le dire, mais l’aval d’un journaliste du Monde n’est nullement signe de la pertinence de votre opinion (« au contraire », suis-je tenté d’ajouter).
Pour en revenir au fond, étant donné que vous parliez d’hyperconsommation, je présumais que vous parliez des pays développés… parce qu’en Afrique, on ne peut pas vraiment utiliser ce terme. Et l’erreur est de raisonner à technologie constante : le progrès technique permet d’économiser des ressources et de subvenir à des besoins croissants avec toujours la même quantité de matière (le pétrole n’a longtemps été qu’une saleté qui polluait les nappes phréatiques, par exemple). Sans tomber dans le scientisme béat, faire comme si la technique n’allait pas apporter un certain nombre de solutions paraît bien peu réaliste.
Quant à « l’interconnexion entre les économies », elle est encore une fois valable à l’échelle des pays développés : l’Afrique (pour ne prendre qu’elle) est très largement exclue des échanges internationaux. Et c’est elle qui a le plus besoin de croissance matérielle, pour subvenir à ses besoins (car la croissance, rappelons-le au passage, c’est ça : produire davantage de richesses qui permettent de satisfaire des besoins croissants). Je ne pense pas que vous niiez le droit des pays en développement/sous-développés à connaître une croissance forte leur permettant de réduire leur mortalité infantile, d’augmenter leur espérance de vie, leur alphabétisation, leur niveau de vie ?..
Je ne vois donc pas bien où vous voulez en venir, et dire qu’il faut s’accommoder d’une croissance zéro me paraît inacceptable du point de vue des pays en développement (et non pertinent du point de vue des pays développés, dont la croissance est largement immatérielle).
Pour finir, je ne privilégiais nullement l’orthographe sur le fond, mais ça m’avait frappé. A votre décharge, votre réponse me semble ne pas en contenir.
Au plaisir.
Mon cher VilCoyote,
Sur le fond, je ne vous rejoins en effet pas sur deux points :
1/ en tant qu’ingénieur (et non en tant qu’économiste amateur, j’en conviens !), je ne crois pas au « scientisme ». Je crois que le siècle dernier a vécu une marche technologique immense (voire plusieurs marches), mais que c’est aussi un point singulier dans l’histoire de l’Homme. Ce point singulier appartient au siècle passé, mais tout le monde semble vouloir se rassurer en croyant que cet état de fait va perdurer (y compris vous si j’en crois vos propos). Je pense que c’est une erreur. La science va continuer à progresser, c’est sûr, mais les paradigmes technologiques que le siècle passé a connu sont derrière nous, que ce soit pour l’énergie (pétrole ou nucléaire), l’électronique (commandes ou communications) ou même l’agriculture. On le voit, nombre de thèmes scientifiques bloquent ou stagnent, malgré les promesses de certains !
2/ La vraie question est donc celle que vous posez : comment autoriser une réduction des inégalités (pour que l’Afrique accède à un niveau de vie décent, par exemple) et que nos sociétés acceptent de compenser (la question du comment reste ouverte dans mon esprit). Mais cette équation est de mon point de vu incontournable. Cela signifie donc d’aller expliquer à nos concitoyens qu’ils vont devoir baisser en niveau de « consommation », car même si la croissance de nos pays développés est de plus en plus immatérielle, elle n’en reste pas moins matériellement parlant trop haute en valeur absolue (plus de deux fois trop haute) et qu’elle continue bien à croître (consommation électrique par exemple : +2%/an).
Je pense que la terreur de beaucoup de personnes aux responsabilités en ce moment (toutes disciplines ou sciences confondues) est de retarder au plus tard l’annonce de type de conclusion à la population, simplement parce que ce n’est pas simple à porter (on le voit, rien que sur la question du dérèglement climatique) et que ce qui va en sortir est plus qu’incertain. Il va falloir dire à une population en prise avec un système économique qui la maltraite déjà (là, c’est le syndicaliste qui parle) qu’elle va devoir faire des efforts pour d’autres, qui ont simplement droit à avoir accès à un niveau de vie décent pour notre siècle. Sans lire dans le marc de café, je pense qu’une fois cela dit, le fort niveau d’inégalité qui règne dans nos sociétés va générer pas mal de perturbations sociales (là, c’est le syndicaliste et le second principe de la thermodynamique qui le disent !) … (les DOM-TOM aussi semble-t-il) … d’où la terreur de ce qui sont au pouvoir et d’où mon propos sur le « produit masquant » qu’est le discours sur la croissance.
Cela étant dit, je ne suis pas forcément pessimiste pour autant. Simplement je crois qu’il faut en discuter démocratiquement et bien montrer à la population les enjeux, les risques et les opportunités du siècle qui nous fait face.
Voilà en gros le fond de ma pensée sur le sujet. Je ne suis pas économiste, mais je crois que les solutions ne sont pas seulement économiques non plus !
Bien cordialement.
PS : dans l’article au Monde, j’attaque « les économistes ». Suite à nos échanges, je ne suis pas sûr d’avoir ciblé correctement. Mon propos s’adressait plus à la « pensée économique » qui s’exprime ouvertement dans les médias et dans le monde politique. La « pensée économique visible » en fait, pas forcément celle des économistes scientifiques que je ne connais pas assez à vrai dire !
Je trouve vos propos déjà plus cohérents que dans votre chronique initiale. Quelques remarques cependant :
1-je sais que la thermodynamique est le fondement scientifique préféré des « décroissancistes ». Voici un traitement de cette question d’un point de vue économique : http://www.optimum-blog.net/post/2005/03/29/62-mauvaise-nouvelle-le-marche-ne-peut-pas-tout-faire (résumé très rapide et grossier : le problème n’est pas la quantité de matière, mais les idées de comment l’exploiter de façon utile)
2-et plus ou moins corollaire du 1 : je trouve vos prévisions sur l’évolution de la science bien hasardeuses. D’un côté, on est à peine aux balbutiements des nouvelles énergies, des nanosciences et de la génétique, qui ne me paraissent pas des domaines négligeables; de l’autre, par définition, on n’a même pas IDEE des changements qui peuvent intervenir… Bref, l’horizon de l’humanité ne s’arrêtant pas à 50 ou 100 ans, je pense que nous n’avons aucune capacité à prédire ce que sera l’état de la science et de la technique dans deux siècles (et même bien avant).
3-sur l’anthropomorphisme du « système économique » qui « maltraite la population »… je ne vois pas bien ce que vous voulez dire.
4-la croissance sert aussi à absorber la croissance démographique, et on peut avoir une croissance globale positive tout en ayant une croissance par tête négative.
5-la véritable question, plus que celle de l’arrêt de la croissance ou de la décroissance, est de savoir comment répartir les futurs fruits de la croissance. Ne cherchons pas à produire MOINS, mais à produire PLUS pour ceux qui ont moins : la croissance reste le meilleur moyen de réduire les inégalités (elle n’y est pas suffisante, nous sommes bien d’accord, mais elle reste largement nécessaire; remarquons que les « trente glorieuses » se caractérisent par une forte croissance ET une forte réduction des inégalités, facilitée par certaines politiques, mais permises par la croissance : pas de redistribution si pas davantage de richesses).
6-quant à la « pensée économique visible » dans les media, je vais en partie vous rejoindre. Le discours présidentiel qui « veut aller chercher le point de croissance » ou qui annonce que « si la Chine a 5% de croissance par an, il n’y a pas de raison que la France ne fasse pas la même chose », est absolument stupide. Le discours sur la croissance peut avoir tendance à masquer le problème des inégalités – mais elles sont aussi un problème économique. Au final, il ne s’agit pas d’accepter la fin de la croissance, mais de chercher comment l’entretenir, tout en faisant en sorte qu’elle permette de réduire les inégalités, tant nationales que mondiales.
J’ai lu votre note … et je trouve ce débat intéressant, aussi je le poursuis après une trêve du dimanche et une journée de travail !
Je ne connaissais pas N. Georgescu-Roegen, mais je ne suis pas directement en désaccord avec sa théorie générale et son approche par le sthéories thermodynamiques (tel que vous la décrivez), sans pour autant le rejoindre sur des aspects plus pratiques car je ne crois pas me situer du coté des « décroissancistes ».
Je comprend aussi mieux votre vive réaction, simplement par le fait que mes mots semblaient rejoindre les siens … ce qui ne me paraît pas être le cas sur le fond, en tout cas sur le coté pratique de la chose.
Je ne suis pas favorable aux théories sur la décroissance car elles cachent bien souvent une idéologie qui ne se dit pas : retour à la terre & compagnie. Etant urbain et pensant d’ailleurs qu’une urbanisation intelligente est pour partie l’avenir de l’homme quand il tend vers les 10 milliards, je ne suis pas tenté par ce type d’analyse.
Pour autant, je ne vous rejoins pas non plus sur cette « croyance » qui ferait de la science et de la technologie nos sauveurs face aux enjeux auxquels nous allons devoir répondre dans les 50 prochaines années (climat, démographie, inégalités ou ressources naturelles). C’est une approche un peu trop facile. Nous devrions appliquer le principe de précaution à ce type « d’évidence » qui n’en sont pas. Comme n’importe quelle entreprise qui gère de gros enjeux, nous devrions simplement faire une analyse de risque toute simple : quel sera le plan de secours, s’il n’y a pas de nouvelle techno à l’horizon du prochain siècle ?
Aujourd’hui, il y a certes beaucoup de recherches prometteuses, mais si l’on observe la réalité de ces avancées, elles sont bien plus lentes que les prévisions ne le disaient. Elles sont plus lentes parce que les sociétés changent et sont plus exigeantes (principe de précaution par exemple, mais aussi principes démocratiques). Imaginons aujourd’hui la recherche initiale sur le nucléaire : acceptation des rayonnements que chaque chercheur se prenait … idem pour les territoires sacrifiés par les essais nucléaires de tous bords. La bombe atomique et la maîtrise de l’énergie nucléaire ensuite n’ont émergées en un demi siècle que « grâce » aux efforts financiers et à la prise de risque consentis par la seconde guerre mondiale.
Le pétrole, pareil … nous ne sommes pas passés du puits de pétrole à la voiture en un jour : il aura fallut plus d’un siècle et lorsque l’on sait que le rendement électrique d’une centrale électrique au fioul est encore de nos jours de seulement 30% par rapport à la quantité d’énergie intrinsèque au produit, on a encore une marge de progression importante … que l’on ne fait pas souvent d’ailleurs !
Les NTIC sont différentes puisqu’elles s’appuient sur de l’information pure et des infrastructures pour partie déjà existantes ou déjà technologiquement matures. L’idée a pu donc exploser dans sa réalisation concrète, mais on est face à un cas d’espèce très particulier. Relevons d’ailleurs que les inégalités existent encore de façon importante en la matière.
Sur toutes les technos à venir, que cela soit sur les énergies, les nanosciences ou la génétique, on peut gagner au loto demain et découvrir quelque-chose bouleversant tout le reste et applicable sans risque dans 20 ans … mais on ne sait pas encore quoi (peu probable que cela soit sur les trois en même temps d’ailleurs !) La réalité est plutôt que toutes ces sciences risquent de faire des découvertes dans les 5, 10 ou 20 prochaines années, qu’elles seront validées dans les 10 suivantes, que nous trouverons des déclinaisons d’applications dans les 10 à 20 ans qui suivront et que nous chercherons un développement économique plus globale 10 à 50 ans après. C’est cela l’échelle du temps d’une révolution technologique, entre l’idée géniale et l’appropriation dans la vie de tous les jours et donc son bénéfice : le demi-siècle ou le siècle.
Donc oui, dans un siècle ou deux notre monde sera transformé et sûrement très différent. Mais les problèmes auxquels il nous faut répondre sont à plus court terme, dans ce siècle, pas au bout ! La question est donc de savoir si nous laissons surchauffer la machine en se disant que les chercheurs n’ont qu’à chercher et trouver, ou alors, si nous décidons d’analyser la situation de façon pragmatique, sans faire des hypothèses rassurantes, et que l’on décide ensemble de revenir vers un niveau de consommation en phase avec nos moyens et les enjeux en terme de répartition de richesses et en terme de stocks de richesses disponibles.
Sur le plan politique (ce qui est mon sujet de préoccupation ici), ces enjeux sont à mettre au premier plan car tant sur les inégalités entre peuples ou individus, que sur la gestion de ressources devenues rares, il est fort à parier que le premier des investissements ne se fera pas vers les scientifiques, mais pour les militaires ! Notons que c‘est pour partie déjà le cas dans certains pays développés !
Pour résumer, mon propos n’est pas de refuser la croissance par idéologie (j’adore mon confort et ma wature !) Mon propos est de poser la question du rythme auquel nous avançons par rapport à ce que vous qualifiez d’apport des sciences pour les générations futures. Il est aussi de poser la question de la façon disproportionnée dont cette croissance se produit entre les hyper riches et les hyper pauvres : 2 milliards de personnes risquent de vivre dans des bidonvilles en 2025 d’après certaines estimations et 20% détiennent déjà plus de 80% de la richesse mondiale.
Il se trouve que vous comme moi nous trouvons dans ces 20%. Alors, il serait temps d’y réfléchir un peu avant que d’autres y réfléchissent pour nous. Les chars et les missiles font aussi faire de la croissance … travaillant pour l’industrie de défense, je suis bien placé pour le savoir !
Juste en aparté sur les éoliennes, panneaux solaires & Co. Quand nous ferons un bilan énergétique global entre la fabrication, l’installation, l’entretien et leur production électrique au cours de leur vie, nous mesurerons combien le pétrole ou le nucléaire étaient performant au regard de ces énergies renouvelables. Alors nous regretterons sûrement d’avoir brûlé cela dans des centrales qui ne récupèrent que 30% de cette énergie …parce que cela coûtait moins cher ! Mais c’est vrai, on peut rêver couvrir tout le Sahara en panneaux solaires …
Quand à la « maltraitance du système économique vis-à-vis de la population », je voulais parler des SDF, du chômage, des emplois précaires, de la surcharge de travail et du stress des salariés dans des modes organisationnels où ils ne sont plus qu’une variable comme les autres. C’est une réalité créée par un système économique tourné exclusivement sur une logique de marché et donc une logique de compétition dure. Aucune fatalité là dedans, juste que nous ferions bien d’y réfléchir aussi un peu ensemble.
Cordialement
Bonsoir,
dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que votre propos a violemment changé (ou du moins s’est beaucoup modéré et clarifié) depuis votre billet initial : vous semblez avoir abandonné le simplissime « il faut s’habituer à une croissance zéro parce qu’à terme il n’y aura que le soleil » et parler de plus en plus de la répartition et de l’utilisation des richesses, . Sur ce point, on ne peut qu’être d’accord (les économistes aussi, qui font la distinction entre croissance et développement depuis déjà un moment, et dont la littérature et les recherches sur le sujet sont abondantes). Mais encore une fois, poser la question de l’utilisation et de la répartition des richesses ne suppose nullement que leur croissance soit nulle; peut-être vous semble-t-il que certains veulent éluder cette question en invoquant « la croissance », mais même s’il y a croissance, il faudra bien déterminer comment seront répartis ses fruits : on n’échappe pas à cette question, croissance ou non.
En ce qui concerne le progrès technique, je prêche moi aussi la prudence, mais dans l’autre sens : en gros, ON N’EN SAIT RIEN ! C’est même pour ça qu’on l’appelle l’avenir 😉 (Anecdote illustrative : le big boss d’IBM – un mec relativement bien placé pour parler de l’informatique – disait en 1945 que « le marché des ordinateurs ne représentait pas plus d’une dizaine de machines dans le monde »; ça ne prouve rien, sinon que l’avenir du progrès est d’une incertitude radicale, en positif comme en négatif). Mais notons que, croissance ou non, le « plan de secours » que vous évoquez sera nécessaire s’il n’y a plus de progrès technique : une croissance zéro permettrait tout au plus de repousser le problème de quelques décennies (délai spéculatif, suivant l’horizon temporel qu’on choisit : je veux juste dire que « ça ne changera pas grand-chose »).
Pour les conditions de travail, certes, ce n’est pas toujours le top… Deux remarques quand même :
1-elles se sont laaaaargement améliorées depuis deux siècles, principalement grâce… à la croissance (« on produit plus et plus vite grâce au progrès technique, on peut donc utiliser ces richesses supplémentaires en réduisant le temps de travail, en créant une sécurité sociale, en instaurant un salaire minimum, etc…).
2-« la logique de marché » a bon dos; un marché, c’est une offre (les entreprises qui peuvent pressurer leurs salariés) mais aussi une demande : les consommateurs qui y trouvent leur compte. Tant que les joueurs (entreprises ET consommateurs) acceptent les règles, on ne peut pas vraiment en vouloir au jeu. On ne peut pas avoir le beurre (des biens de consommation et des services abondants, de qualité et bon marché), l’argent du beurre (des salaires de plus en plus élevés) et le sourire de la crémière (une organisation du travail « à la cool », sans recherche de gains de productivité). Comme vous dites, on peut y réfléchir, mais pour l’instant la majorité a l’air de ne pas trop protester (et la minorité n’est pas obligée de travailler dans ces conditions).
(PS. N’y voyez aucune condescendance de ma part, mais je préfère largement vos réponses actuelles à la soupe véhémente de votre chronique initiale, que je continue à considérer comme fort médiocre. « Continuez ainsi au troisième trimestre » 😉 ).
Bonsoir,
A ma décharge, votre premier commentaire n’était pas non plus le plus pondéré ! !
Comme toute bonne chose doit avoir une fin et que je pense que nous avons bien creusé le sujet, je propose d’en rester là.
Merci pour vos contributions construites et constructives et c’est promis, je ferai mieux au troisième trimestre !!
PS : Je surveillerai votre blog pour m’assurer que vous n’y dites pas trop de bétises sur la thermodynamique 😉
En effet, on a à peu près tout dit (enfin, façon de parler). Bonne continuation à vous !