Vers une contribution pour le congrès de Reims …
Les congrès du parti socialiste sont des temps qui permettent l’échange des idées et pourquoi pas, l’émergence d’idées innovantes. Militant depuis plus de dix ans, cette année je me suis mis en tête d’essayer d’apporter ma pierre à la réflexion collective interne à notre parti au travers d'un projet de contribution.
D’abord tenté par une contribution sur le dialogue social et le monde des entreprises, j’ai été récemment frappé par le discours (et l’usage de mots) de leaders de notre parti et cela m’a donné un sujet de réflexion pour cette contribution. Elle ne se construit pas en opposition à ces leaders, mais a vocation à apporter un éclairage différent sur nos pratiques et nos façons de penser.
La première idée de fond de cette contribution est d’abord d’acter d’une désorientation du peuple de gauche qui ne trouve plus un discours dans lequel puisse s’incarner un axe de travail collectif global, à même de répondre aux évolutions de 20 dernières années, mais aussi aux enjeux des 50 prochaines. Il me semble que ce qui s’apparente à du désintérêt de la part de notre électorat (au sens large de la gauche) est en fait une difficulté à s’identifier dans nos propositions, car notre discours recèle d’importantes contradictions. Notre électorat ne croit plus « au grand soir » (Cf. score de l’extrême gauche), pour autant, il attend bien une réponse globale et un axe d’action qui répondent aux grandes questions que ce début de siècle pose brutalement, dans notre paysage politique mondial (et non plus français).
La seconde idée de cette contribution est une critique, non pas du « libéralisme » (au mauvais sens du terme, il faut se méfier de ce terme à double sens en ce moment !) mais de la compétition que souvent ce libéralisme débridé sous-tend. Je souhaite poser la question de la cohérence d’un discours socialiste qui mêlerait à la fois nos grandes valeurs présentes ou historiques, et l’apparition de la compétition (au sens large) dans notre discours.
Enfin, la dernière partie tente de poser une alternative globale à un monde de compétition, au travers d’un monde de coopération. Je pousse l’idée que nous devrions toujours en être les promoteurs dans notre discours et pourquoi pas, porter l'ambition d'en être les initiateurs, tant dans nos politiques françaises que dans nos politiques internationales.
C’est cette logique de coopération que je qualifie de seconde voie, car il me semble que nombre de nos valeurs socialistes et celles du peuple de gauche tout entier, pourraient y trouver des réponses globalement cohérentes, à même de remettre nos forces vives en marche dans le projet collectif auquel nous aspirons.
Je vous laisse découvrir le texte … qui n’est pas forcément achevé. Que chacun se sente libre de réagir dessus ou de donner un avis (l'inverse serait un comble au regard de ce qui est développé dans le texte !)
Génial, on signe où ? 🙂
Trêve de plaisanterie, je viens de lire ta contribution avec attention, et ai quelques remarques.
Je suis heureux de voir qu’il y ai encore dans notre partie des contributions qui osent encore renverser complètement notre système de pensée pour s’efforcer de trouver autre chose, et de ne pas considérer comme acquis le système socio-économique tel qu’il est aujourd’hui.
Intéressante aussi, l’analyse sur les effets de la mondialisation sur notre vision du monde, sur le néo-colonialisme où je te rejoint pleinement, sur notre renonciation…
Je pense qu’il serai bon de creuser encore deux aspects : d’une pat sur les effets négatifs de cet état de fait, ce que tu appelle le prix du mal-être, où non seulement ton argumentation gagnerai à un peu plus de précisions, mais je pense aussi que nous pouvons élargir ce constat et mettre en évidence bon nombre d’autres impacts néfastes de cette situation de compétition de marché.
Le concept de coopération à substituer à la compétition est vraiment intéressant, et ouvre non seulement des voies nouvelles, mais donne un axe transversal qui permet de mettre en cohérence l’ensemble de nos politiques et de notre idéologie, ce dont nous manquons.
Il faudrai je pense trouver plus précisément quelles politiques découlerait de ce choix : renforcer et soutenir l’économie sociale et solidaire, la démarche créative common et la culture du libre, réformer la démocratie sociale et repenser l’éducation non pas comme un système de mise en compétition, mais comme un espace d’épanouissement autour de projet (remise en cause de la notation), mais également plus précisément quels axes prendre en matière de internationale ?
Je suis content de lire que notre place dans le monde n’est ni importante ni forcément positive, et que notre politique ne doit pas viser à restaurer la France dans les premières places économiques. j’aurai aimé entendre ça a Villepinte un 11 février dernier mais j’ai hélas entendu le contraire.
Dernière remarque, ce qui a mon avis est tout aussi néfaste, dans le courant de pensée dominant (économiquement libéral et politiquement de droite), c’est non seulement la compétition, mais la vision de court terme, et le fait de considérer que la défense des intérêts particuliers sur le court terme permet de garantir l’intérêt général sur le long terme. j’aurai l’occasion d’écrire là dessus à l’occasion.
Quand à la compétition, elle est aujourd’hui surtout sur l’humain (groupe sociaux, individus dans l’entreprise, dumping social, etc.) plus que sur les groupes économiques, puisqu’en fait le capitalisme a horreur de la compétition et passe son temps à chercher à la fuir… La aussi, j’y reviendrai, j’ai déjà été trop long et trop brouillon…
En totale accord avec cette vision de concertation plutôt que de compétition. Je milite pour et contrairement à ce que dit Etienne c’est l’esprit du donnant-donnant instillé par la candidate. Créons de la concertation coopérative par l’incitation. C’est aussi l’idée du co-développement.
Bon je n’ai pas la tête à réfléchir trop, mais ta démarche intellectuelle me convient tout à fait et me semble la plus à même de redonner un désir d’avenir au pays. Par exemple dans l’éducation je suis pour la fin de la notation pour passer à l’évaluation. la compétition crée trop de stress et crée des barrières artificielles entre humains or nous devons construire ensemble.
Je vais poster des liens vers ton texte parce que je le trouve vraiment très intéressant. Merci pour l’esprit.
Je ne parlais que de la partie du discours concernant la politique internationale et de la France dans le monde.
Bonjour,
Cette contribution est intéressante et mérite sa place dans le lot de contributions en vue du congrès du PS.
J’aime beaucoup la remarque sur la quête d’un rang mondial. Cette quête aujourd’hui appliquée à plusieurs secteurs (économie, éducation, recherche …) conduit principalement à des politiques (au sens large du terme) ayant des objectifs à très court termes et non à une réflexion globale.
Par exemple, la recherche scientifique a été longtemps l’exemple typique du modèle de coopération à très grande échelle. L’objectif du chercheur est de faire avancer les connaissances en utilisant ce qui a été fait par d’autres puis de rendre ses travaux publiques c’est à dire utilisables par qui veut. Cette vision est actuellement remise en cause en France au nom de l’efficacité économique qui veut mettre la Recherche scientifique uniquement au service de l’efficacité à court terme des entreprises (Pôles de compétitivité, ANR …).
La coopération, une alternative à la compétition fonctionne par ailleurs très bien dans le secteur du « logiciel libre » où tout développeur accepte de partager sa production avec les autres.
Ces deux exemples de ce que certains appellent de l’intelligence distribué ne sont pas en contradiction avec le capitalisme ou l’économie du marché, mais montrent simplement que la coopération peut être un moteur aussi efficace que la compétition avec le mal être en moins.
Le même commentaire, avec une mise en page lisible [de Thierry : j’ai supprimé l’autre !]
Démarche intéressante : la coopération. D’autant plus que la nature nous donne nombre d’exemples : les abeilles et les fleurs, les polypes et les zooxanthelles (pour donner le corail), les arbres et les champignons … Autant d’alliances entre des organismes différents qui montrent l’intérêt de la coopération. C’est bien la coopération (symbiose pour certains) qui leur ont permis de s’épanouir dans leurs écosystèmes respectifs. Ces alliances constituent un atout pour leurs acteurs dans ce que Darwin appelait la « struggle for life* » (*lutte pour la vie). Dans les écosystèmes auxquels elles participent, ces coopérations opportunes ont apporté un avantage déterminant dans … la compétition entre les êtres vivants pour l’utilisation des ressources (et la reproduction d’ailleurs). De cette façon, grâce à une coopération, ces organismes vivants optimisent leur capacité à utiliser les ressources disponibles et supplantent ceux qui sont moins efficaces. C’est ainsi que, d’un improbable assemblage moléculaire, la vie est devenue une forme d’organisation de la matière qui s’est durablement installée sur Terre.
Cette introduction afin de nuancer ta proposition : « La logique de coopération peut se substituer partout où la compétition existe aujourd’hui. ». La question qui me vient à l’esprit est : pourquoi substituerait-on partout la coopération à la compétition? Tu le dis fort bien, la coopération est vectrice de mieux-être. Mais je pense qu’il ne faut pas se tromper d’échelle quand on se propose de faire la coopération le substitut de la compétition. D’abord, parce ce que le faire partout serait remplacer un modèle unique par un autre modèle unique. Ensuite parce que la compétition est un outil qui peut avoir un intérêt général incontournable. Prenons l’exemple de l’invention des ampoules électriques. Elles n’ont pas été inventées parce qu’un jour tous les fabricants de bougies se sont réunis et ont décidé d’améliorer la bougie. Mais bien parce qu’à la fin des années 1870, nombre d’inventeurs ont relevé un défi et se sont lancés dans la compétition pour savoir comment faire de la lumière avec l’électricité. Beaucoup sont partis dans des directions qui n’ont mené à rien. Au final, l’un d’entre eux a réussi, Thomas Edison. La coopération aurait voulu qu’ils se concertent pour savoir sur quelle technique ils pouvaient tous travailler ensemble, avec le risque de ne pas miser sur la bonne. La compétition a ceci d’intéressant qu’elle ne nécessité pas de connaître a priori la solution optimale du problème auquel les acteurs sont confrontés. Mais Edison n’a pas travaillé tout seul. Il avait une équipe qui a … coopéré. Car il aura fait 1200 tentatives et ses équipes auront rapporté 6000 substances diverses pour trouver le filament de son ampoule.
Cet exemple nous montre donc que les logiques de coopération et de compétition peuvent se compléter, plutôt que se substituer.
Il y a, en particulier, un point que tu soulèves : les coûts inutiles engendrés par la compétition, comme le marketing, la pub. C’est, en effet, indécent au regard des enjeux mondiaux de constater les budgets en jeu. Mais lorsque tu écris : « Elle [la logique coopérative] demande plus d’exigence car elle n’est pas naturelle. », tu actes simplement les nécessaires dépenses structurelles liées à la logique de coopération. Dépenses inextistantes dans le monde de la compétition. Il y a donc là une équivalence entre le marketing dans la logique compétitive et les dépenses structurelles de la logique coopérative. Il est donc nécessaire d’en évaluer le coût (également social et environnemenatal), car c’est un des éléments qui doivent nous amener à considérer l’une ou l’autre des logiques.
Pour la sécurité sociale, par exemple, les coûts structurels de la CPAM sont de l’ordre de 4% des cotisations versées quand les dépenses structurelles (pub, gestion) des assurances privées sont au-delà de 10% (chiffres disponibles dans divers rapports parlementaires disponibles sur internet). La sécu a ceci de particulier que le servie qu’elle rend n’a pas vocation intrinsèque à faire l’objet d’avancées technologiques majeures. Sa vocation est d’assurer notre couverture maladie, et ce, depuis plus de 50 ans. La mise en concurrence de l’assurance maladie est donc une idiotie économique, morale, et sociale. En revanche, pour reprendre un domaine qui m’est chère, l’ouverture à la concurrence des services extérieurs des pompes funèbres a été un mieux pour la collectivité. D’un système de monopole local, on est passé à un système concurentiel. Dans le premier, la qualité et le prix n’étaient pas une contrainte, les élus en charge montraient un intérêt très relatif, alors qu’ils étaient justement les tenants du système coopératif (à travers les régies, c’est bien l’ensemble des habitants qui met en commun ses ressources). Le résultat n’était pas fabuleux. L’ouverture à la concurrence a permis aux familles de choisir. Les entreprises ont donc du rivaliser d’imagination pour améliorer le service et proposer des tarifs acceptables! Le coût social, mais également économique, du monopole a été, dans ce domaine, conséquent! Nul ne souhaite aujourd’hui revenir à ce qui s’est connu.
Notre réflexion socialiste doit donc nous amener, comme tu le proposes, cher Thierry, à favoriser la coopération à la compétition. Mais notre expérience du réel, et notre capacité à concilier plusieurs façons de penser, d’agir et d’avancer, doivent être notre guide pour choisir ce qui doit relever de la logique compétitive et ce qui doit relever de la logique coopérative. Il est en particulier flagrant, et les exemples que j’ai cités vont dans ce sens, que la mise en compétition des individus n’est pas vectrice de mieux-être collectif.
Cher Pierre,
Merci de cette contribution constructive qui doit en effet m’amener à nuancer mon propos.
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Merci aussi aux commentateurs précédents pour leurs soutiens et leurs éclairages différents, j’essayerai bien sûr d’en tenir compte dans ce qui devrait être un texte finalisé, à très court terme maintenant (il faut bien conclure un jour et surtout mon temps est loin d’être illimité !)