Pourquoi je soutiens la candidature de François Hollande
Comme je l’ai dit dans une précédente note, soutenir un candidat aux primaires citoyennes ne tient pas forcément de l’évidence. En effet, les candidats partagent entre eux un socle commun d’idées important et ce sont toutes des personnalités de haut rang dans le parti. Faire son choix est donc un travail dans les nuances et les différences de perception, plus que sur le fond politique, comme pour toute autre élection. Le choix relève d’abord de l’intuition et il faut parfois un peu creuser pour mettre des mots sur ce qui confirme la volonté de soutenir un candidat plus qu’un autre.
Je fus « strauss kanien » aux primaires de 2006, « aubryiste » au dernier congrès du PS, il n’y avait donc pas d’évidence à soutenir la candidature de François Hollande aujourd’hui ! Mon ralliement tient principalement à trois qualités du candidat : l’envie, la simplicité et le discours.
François Hollande est une personne qui a envie d’être candidat et qui a envie d’être Président. Lors des précédentes échéances, la situation du PS et la candidature de Ségolène Royal ne lui avait pas laissé l’opportunité de l’être , mais on sent que ce « retrait de raison » n’a pas émoussé l’envie d’y aller et de porter haut les ambitions du parti socialiste. Il fut candidat lorsque les sondages ne le donnait qu’à 5% (face à DSK), il poursuit sa route maintenant que ces mêmes sondages lui donnent de réelles chances de l’emporter. Je crois que l’on ne devient pas Président par hasard, c’est une fonction qui demande un engagement personnel fort et mûrement réfléchi. Cela a toujours été vrai dans l'histoire, ce le sera d’autant plus pour le mandat 2012-2017 vu les enjeux qui nous font face. L’envie sera une qualité indispensable pour réussir.
François Hollande est une personne simple. Il y a quelques années, des amis ayant vécues et travaillées en Corrèze m’avaient déjà fait part de leur impression sur le personnage : facile d’accès et attentif aux autres, il était une personnalité largement appréciée. Sa façon de faire campagne aujourd’hui témoigne de cette « méthode Hollande », bien éloignée des « staffs de campagne » auxquelles les politiques nous habituent. Il est un homme de débat et de contact, ce qui rompra avec les années Sarkozy où le peuple a été tenu à distance du pouvoir.
A la simplicité du comportement, s’additionne une simplicité des mots : une lisibilité du propos, une cohérence qui rend plus accessible le discours politique. A une époque où l’on nous vend la complexité des choses que pour mieux excuser le laisser faire libéral, je crois que savoir expliquer et rendre les idées plus simple pour le citoyen (sans tomber dans la démagogie, bien-sur) est une véritable qualité pour faire de la Politique.
François Hollande a un discours politique de candidat face à aux enjeux de ce début de siècle. Comme nous tous, il sait que la période qui s’annonce sera une période difficile : résultat d’une longue période libérale qui aura bercé les illusions des peuples, pour finalement ne faire que concentrer les richesses et le pouvoir sur un très petit nombre d’individus.
Le discours de François Hollande répond à ces défis : pour refonder un modèle français, il nous faudra travailler sur la fiscalité, la jeunesse et la croissance. Il nous faudra retrouver les marges de manœuvre indispensables à un vrai projet collectif, au travers d’une vraie refonte fiscale qui prendra réellement en compte les richesses et répartira plus équitablement l’effort. Il nous faudra remettre au centre du projet notre jeunesse, nos enfants, parce qu’ils sont aujourd’hui les oubliés ou les variables d’ajustement des politiques économiques, alors qu’ils sont le capital réel d’un territoire, un véritable investissement d’avenir pour la prospérité d’un pays. Enfin, il nous faudra retrouver les voix de la croissance, mais plus sous sa forme actuelle qui n’a d’ambition que le profit produit au passage. Non, une croissance vers une meilleure qualité de vie, une croissance au service de l’Homme et non seulement de certains. Ce projet à du sens.
Voilà, pour ces trois raisons principales, je pense que François Hollande fera un excellent candidat pour la présidentielle et un Président juste et intelligent pour la France. Que peut-on rêver de mieux ?
Moi, ce sera Aubry:
– parce que son discours sur la sortie du nucléaire est plus clair et plus affirmé,
– idem sur le refus du cumul des mandats
– pour son engagement européen concret (le PS a beaucoup travaillé avec le PS européen sous sa direction, c’était très peu le cas avant)
– pour sa solide expérience ministérielle
– parce que la présidentielle semble être un choix de raison plutôt qu’une ambition personnelle, et que ça nous fera du bien d’avoir une présidente qui voit dans la fonction autre chose qu’une glorification personnelle
@ Camarade aubryiste X,
Les discours sur la sortie du nucléaire sont tous à peu près du même niveau, seuls les échéances varient et j’aurai envie de dire : donner des échéances moyens termes à 2025 est à mes yeux plus engageant qu’à long terme en 2050, au vu de la durée des mandats que chacun ambitionne. Mais j’avoue que c’est une nuance de forme qui change peu le fond du problème : s’attaquer au lobby du nucléaire, qui est probablement plus puissant en France que partout ailleurs. L’enjeu de ce mandat en la matière sera d’inverser la tendance dans les programmes pluriannuelles et non de sortir du nucléaire … et pour l’un comme pour l’autre, ce n’est pas gagné !
Sur le cumul des mandats, je suis de ceux qui pensent que c’est une question instrumentalisée par certains, mais qui ne pose ni le vrai problème, ni les modalités pour le résoudre. Le vrai problème, ce n’est pas le cumul des mandats, c’est la monté de la défiance des citoyens à l’égard du politique. C’est une question qui est aujourd’hui dans le dénie total du politique (droite comme gauche). Il suffit d’observer les comportements sur les chiffres de l’abstention, à l’issue de chacune des élections, pour s’en rendre compte. Le cumul des mandats est une des problématiques de cet enjeu, mais c’est loin d’être la plus importante, pourtant on ne parle que d’elle comme pour mieux éviter de parler du reste. Enfin, sur cette question, ne serait-il d’abord pas plus raisonnable de traiter la question du statut de l’élu que de tenter d’en stigmatiser certains … souvent à des fins pas très avouables d’ailleurs !
Sur la question européenne, l’omniprésence de Laurent Fabius dans la campagne de Martine Aubry ne me rend pas aussi optimiste que vous. Certes, la tendance Jacques Delors est présente, mais gouverner, c’est faire avec ceux que l’on a choisi. Je crains que Laurent en soit, mais pas Jacques !
Sur la solide expérience ministérielle, l’absence d’ambition personnelle mais un choix de raison, ce sont des arguments qui peuvent avoir aussi bien des aspects positifs que négatifs. Chacun est juge de cela. J’ai donné mon avis là-dessus. Je ne crois pas qu’aucun cherche réellement une glorification personnelle, c’est probablement beaucoup plus compliqué que cela … surtout quand on voit comment en s’en sort le sortant à la fonction ! Probablement que derrière son écran, c’est la glorification qui saute aux yeux, mais face caméra, c’est d’abord le nombre de coup que l’on prend. Pour tenir la distance sur ce point, je ne crois pas que la raison soit plus forte que l’envie.
Bien cordialement.