Macron appelle-t-il à l’inéligibilité de Cuillandre ?

La semaine dernière, Emmanuel Macron a tenu un discours très clair sur ceux qui alimentent la haine dans notre République. Conscient que ce venin se diffuse de toutes parts, le Président de la République a adopté une position particulièrement ferme :

« Nos élus sont les sentinelles de la République et doivent le rester. Pour l’avenir, je souhaite qu’une peine d’inéligibilité obligatoire soit instaurée pour les actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires. »

Pour ceux qui en douteraient, ces propos ont été largement relayés, notamment par BFM, LCI, ainsi que dans la presse nationale et régionale comme Le Monde, Ouest-France ou Le Télégramme.

En s’exprimant ainsi, le Président de la République souligne la gravité des actes et des propos qui attisent les peurs et fracturent la société, en particulier lorsqu’ils sont exprimés par des élus dans le but de cliver l’opinion publique à des fins électoralistes. Cette exigence de responsabilité concerne naturellement tous les élus, y compris au niveau local.

À Brest, François Cuillandre, maire sortant, a été définitivement condamné en première instance puis en appel pour le délit d’injure publique en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion par une personne dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses fonctions. Cette condamnation fait suite à des propos tenus publiquement en Conseil municipal, où il avait assimilé un habitant critique à son égard (professeur de danse à Brest) à « l’extrême droite turque la plus violente qui puisse exister ».

Une telle condamnation, qui concerne directement l’exercice des fonctions de maire et des propos tenus dans l’enceinte même du Conseil municipal, aurait pu appeler une prise de distance claire de la majorité municipale. Il n’en a rien été.

Au contraire, les élus de la majorité ont voté la protection fonctionnelle du maire (avec l’abstention du groupe de Bernadette Malgorn), permettant ainsi la prise en charge de ses frais de défense par la collectivité. Autrement dit, ce sont les contribuables brestois qui ont financé la défense du maire condamné pour injure publique à caractère raciste dans cette affaire.

Nous sommes donc, à Brest, aux antipodes du principe d’exemplarité rappelé par le Président de la République. Non seulement ces faits n’ont pas entraîné de remise en cause politique, mais la majorité municipale continue de soutenir le maire, y compris après sa condamnation confirmée en appel, et s’apprête à le suivre dans une nouvelle candidature.

Il est regrettable que cette situation ne suscite pas davantage de débat public à la hauteur des enjeux. La question de l’exemplarité des élus n’est pas accessoire : elle constitue le socle de la confiance démocratique.

Rappelons également que François Cuillandre a été condamné dans l’affaire « Vivre à Brest », dont la période délictuelle s’étendait de 2001 à 2017, comme je l’expose dans mon livre et comme cela a été relaté par la presse.

Enfin, les statuts et règlements intérieurs du Parti Socialiste prévoient explicitement une limitation de l’exercice des mandats dans le temps, recommandant de ne pas dépasser trois mandats de maire, soit dix-huit années. Ce principe vise précisément à favoriser le renouvellement démocratique et à prévenir la concentration durable du pouvoir entre les mêmes mains, concentration qui constitue bien souvent l’une des principales sources des dérives éthiques et des atteintes à la probité.

Là encore, le maire sortant, membre du Parti Socialiste, semble s’en affranchir en se lançant, à 71 ans, dans la course à un cinquième mandat.

Pour ma part, je rejoins pleinement les propos tenus cette semaine par Emmanuel Macron. L’inéligibilité obligatoire devrait s’appliquer aux élus condamnés pour des propos racistes, ainsi que pour des infractions portant atteinte à la probité, telles que le recel d’abus de confiance.

Au-delà du cadre légal, les partis politiques eux-mêmes devraient assumer cette exigence d’exemplarité, afin de ne pas placer les électeurs devant l’alternative de devoir soutenir des candidats condamnés. Faute de quoi, ils contribuent à nourrir le discrédit de la parole publique et à renforcer l’idée, profondément délétère pour la démocratie, que « tous les élus seraient pourris ».

En d’autres termes, pour Brest, la question du renouvellement démocratique se pose aujourd’hui avec une particulière acuité.

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