Les deux réponses à la peur
C’est au réveil ce matin que j’ai appris les événements terroristes de Paris de cette soirée du 13 novembre. Effroi, tristesse et choc furent comme beaucoup d’entre nous les émotions qui me traversèrent. Comme en janvier, plus que le nombre de morts, c’est le mode opératoire et l’absence d’humanité qui me blesse le plus profondément. Parce que ceux qui perpétuent cela, ce sont aussi des Hommes, des individus d’une même espèce que leurs victimes et que cela ne les arrêtent pas.
Les commentateurs dessineront des monstres. Ils sont probablement des personnes fragiles, facilement influençables et manipulables par d’autres qui agissent dans l’ombre et qui, quant à eux, ne porteront jamais de ceintures explosives. Ils n’en demeurent pas moins humains comme nous tous.
Le projet des commanditaires de ces attentats n’est autre que de poursuivre cette manipulation à une plus grande échelle. Ces groupes terroristes agissent comme des Chevaux de Troie contre notre société. Leur projet n’est autre qu’une radicalisation des populations, des nations vers un ordre autoritaire, un régime où ils régneraient en maître sur les autres. Les postures politiques ou les religions revendiquées ne sont que les véhicules d’un vison extrémiste, axée sur une domination des populations et des plus faibles.
L’extrémisme dans l’histoire est et a toujours été multiforme, mais il partage toujours l’ambition d’une accaparation du pouvoir et des richesses et aussi le sang de victimes innocentes, comme pour mieux asservir les esprits par la peur. L’objet du terrorisme, c’est l’instauration de la peur, de la terreur. Une peur face à laquelle notre société doit trouver une réponse si elle veut rester en accord avec ses propres valeurs.
Comme le dit très bien Mireille Delmas-Marty dans son entretien au Monde (ici), il existe deux réponses à la peur. La première favorise la haine et l’exclusion. C’est clairement l’arme des extrêmes (droites, gauches comme religieuses) qui manipulent les faits, pointent des coupables et appel à un repli sur soi des individus comme des nations. Elles ne sont pas moins sur des logiques de domination par la peur. La seconde réponse à la peur est celle de la solidarité. C’est celle des manifestations pour Charlie. C’est aujourd’hui celle qui se manifeste spontanément avec un afflux de donneurs de sang, comme pour mieux combattre l’inhumanité de ceux qui l’on fait couler.
La peur est un risque et une opportunité face à notre propre humanité intérieure. Qu’est ce qui nous habite ? Quelle vision du monde désirons-nous ? Qu’est-ce que nous sommes prêts à donner pour cet idéal hérité que nous pouvons transmettre ?
Ces actes terroristes sont comme un tremblement de terre qui découvre nos réalités enfouies. C’est à chacun de trouver ses réponses. Je fais juste le vœu que celles-ci nous éloignent le plus possible de ces terroristes et nous rapprochent le plus des Lumières et de cette solidarité qui constitue clairement le socle de la nation que nous aimons.
Merci Thierry pour cette belle réflexion; elle est pour moi en résonnance avec ce texte de Patrick Viveret, publié en mars dernier et tout aussi utile aujourd’hui:
http://www.reporterre.net/Il-y-a-des-actes-barbares-il-n-y-a-pas-de-Barbares
Merci Roger, c’est en effet un beau texte inspirant (comme souvent de la part de Patrick Viveret).
Il amène la réponse de la non-violence en face de la violence pour garder sa propre humanité, en héritage des grands mouvements qui ont transformé en profondeur le monde, porté par de grands hommes : Gandhi, Mandela ou Luther King.
Il amène aussi le sens que je partage à notre devise nationale : liberté, égalité, fraternité, que l’on lire trop comme trois mots séparés, mais que l’on devrait aussi comprendre comme un message donnant un sens, une direction à suivre contre la domination et pour l’émancipation des peuples à vivre en paix.
Nos sociétés modernes ont largement travaillé la question de la liberté, tenté de répondre à l’égalité par le droit, mais sont encore balbutiantes sur les actes à mettre derrière le mot fraternité d’un peuple tout entier. C’est encore un apprentissage à faire et probablement un degré de maturité sociétal à passer … un vaste sujet !
Bon dimanche.