Kerbriant : le manoir du pouvoir et de ses silences

À l’approche des municipales de mars, le manoir de Kerbriant semble attiser les débats. La liste de Sébastien Muscat propose de le « dépolitiser » en le restituant aux Brestois, tandis que certains, encouragés par d’autres candidats, en vantent au contraire un sanctuaire de la diplomatie locale.

Je dois avouer avoir souri en lisant l’article du Télégramme relayant les propos de Jean-Paul Kermarrec sur le fameux manoir :

« C’est un témoin du passé brestois. Il est une part du récit de Brest, de sa continuité institutionnelle, de sa capacité à accueillir et à représenter la Ville, à inscrire l’action municipale dans le temps long ».

À lire ces mots, on ne sait plus très bien s’il soutient le manoir ou celui qui l’occupe politiquement depuis un quart de siècle. Ambiguïté… ou tout simplement lapsus révélateur ?

Second point d’amusement : présenter le manoir de Kerbriant comme un haut lieu de la « diplomatie brestoise ». Cela a peut-être correspondu à une réalité du temps de Pierre Maille. Mais j’ai le sentiment que Jean-Paul Kermarrec oublie un peu rapidement les quatre mandats qui ont suivi.

Au fil des années, le manoir est devenu bien autre chose entre les mains de François Cuillandre. Et le qualifier aujourd’hui de lieu de « diplomatie » laisse entendre que l’intérêt général y serait le principal objet des échanges. Ce qui, pour l’avoir observé de l’intérieur, mérite d’être sérieusement nuancé.

Puisqu’un ancien adjoint à l’urbanisme s’autorise à livrer son analyse éclairée, mais un peu passée, il me semble légitime d’apporter une vision plus récente, en tant qu’ancien vice-président à l’urbanisme de la métropole et premier adjoint de la ville de Brest jusqu’en 2020.

Qu’est-ce que le manoir de Kerbriant

Nous sommes ici tout à la fois dans un lieu d’apparat du pouvoir du premier magistrat, mais aussi dans un lieu marqué par la discrétion sensée entourer certaines phases de la décision publique.

Cette discrétion, intrinsèque au lieu, en fait aussi l’une des caractéristiques recherchées par certains visiteurs, reçus à l’invitation du maire, parfois en dehors des cadres et des horaires habituels.

Il s’agit d’une ancienne bâtisse ayant appartenu à une petite noblesse rurale, à l’époque où cette partie de Brest était encore agricole. Un secteur qui ne s’urbanisera véritablement qu’après la guerre.

En 1966, la Ville de Brest en fit l’acquisition et transforma progressivement le manoir en lieu de réception et d’accueil officiel.

L’entrée du manoir de Kerbriant se situe à 200 mètres à l’ouest du célèbre bar du Tour du Monde, créé à Brest en 1993 par Olivier de Kersauson. Volontairement beaucoup moins visible que ce dernier, le manoir est niché au cœur d’un parc arboré de 1,63 hectare et dispose d’une dépendance à son entrée.

Vue du terrain, près du port du Moulin Blanc (Carte GéoPaysdeBrest)

Parcelle cadastrale du manoir de Kerbriant, visible au centre, avec sa dépendance située au nord.

Le manoir est divisé en deux niveaux. Le premier niveau comprend un salon, une grande salle à manger, une salle de réunion rénovée en 2016 et une cuisine aménagée. C’est la partie la plus utilisée. Il s’agit d’un espace de réception de qualité, permettant de recevoir en petit comité, d’échanger, de déjeuner ou de dîner, et ponctuellement d’y tenir des réunions de travail, sans la crainte d’une oreille indiscrète.

Le second niveau correspond à la partie hôtelière et comprend plusieurs chambres permettant d’accueillir des invités sur place, dans un cadre discret.

Au sous-sol, il a souvent été évoqué l’existence d’une cave à vin bien fournie, sans que je puisse personnellement en attester, n’y étant jamais descendu.

Historiquement, le manoir disposait d’un agent de la mairie à temps plein, chargé de l’entretien des lieux et du service lors des réceptions. Durant le mandat 2008-2014, soucieux de l’état de santé de « certains usagers du lieu » en matière d’alcool, le directeur de cabinet mis fin à cette prestation, ce qui réduisit significativement la fréquentation des lieux. L’usage de Kerbriant évolua alors : la capacité d’hôtellerie fut réduite et le service de table fut ensuite assuré par des traiteurs.

Quels étaient les usages institutionnels du manoir de Kerbriant

Je ne peux parler que de la période allant de 2001 à 2020, durant laquelle j’ai été élu. Toutefois, j’ai peu de raisons de penser que les usages aient profondément changé depuis.

Clairement, ce lieu était sous l’autorité directe du maire, au même titre que sa voiture de fonction. Pour y avoir accès, il fallait soit y être invité par lui, soit adresser une demande précise au directeur de cabinet, qui vous retournait ensuite l’accord (ou le refus) du maire pour utiliser les lieux.

Dans les faits, seul le premier cercle du maire y avait un accès régulier. Les autres élus n’y étaient invités que très rarement, ce qui conférait à ces invitations une importance particulière.

Entre 2001 et 2014, je n’y ai été invité que quatre fois.

De mémoire, la première fut en soirée, après une intervention de Pierre Moscovici au PS brestois sur le référendum relatif à la Constitution européenne. Comme François Cuillandre, je défendais le « OUI » et j’avais été invité, un peu par hasard, au diner en compagnie de « Mosco ».

Je me souviens bien de cet épisode car, après avoir passé deux heures à défendre le OUI devant les militants au PS de Brest, Pierre Moscovici, assis au fond d’un fauteuil du salon de Kerbriant, un verre à la main, avait commencé à exprimer ses propres doutes sur ce choix de vote. Cela avait stupéfait le jeune militant que j’étais. C’était aussi, d’une certaine manière, la magie que j’attribuais alors (naïvement) à ce lieu : passer derrière le miroir du discours public pour entrevoir la réalité, plus complexe, de la pensée des décideurs.

La seconde fois fut à la fin du mandat 2001-2008, en période pré-électorale, dirons-nous. Alain Masson, Alain Jouis et moi-même avions invité les présidents des principales associations de quartiers brestoises (patronages, MPT et centres sociaux) afin de faire un bilan du mandat et d’échanger sur leurs attentes.

Le choix du manoir de Kerbriant n’était pas anodin. Nous aurions très bien pu organiser cette rencontre dans l’une de leurs structures. Mais l’invitation à Kerbriant conférait une importance particulière à ceux qui y étaient reçus.

La troisième fois fut à l’issue d’un meeting en 2012, dans le cadre des élections législatives, me semble-t-il. François Cuillandre avait invité Jean-Yves Le Drian à intervenir devant les militants dans la grande salle Georges Vigier, près du PL Sanquer. La soirée devait se poursuivre à Kerbriant et, en tant que responsable du PS brestois, j’y avais été convié.

Le président de Région déclina finalement l’invitation du maire au dernier moment, et nous nous sommes retrouvés à quelques-uns à terminer les plats commandés pour l’occasion, avec le goût amer d’un lapin posé au maire, par celui qui était alors présenté comme son fidèle ami hollandais.

La dernière fois fut en mars 2013, lors d’un repas des « membres fondateurs d’Eau du Ponant », organisé par son président-directeur général, François Cuillandre. Il s’agissait d’une petite célébration destinée à ressouder les rangs avant une année qui allait basculer dans les processus électoraux des différentes communes et, par conséquent, des syndicats d’eau.

L’entrée dans le premier cercle

À partir de 2014, ayant largement participé à la réussite de la campagne municipale en tant que responsable du PS à Brest, puis devenu vice-président à l’urbanisme et ensuite aux finances, je suis devenu un invité régulier du premier cercle du maire.

Je ne crois pas avoir jamais fait pleinement partie de ce premier cercle, en raison de la méfiance qu’il nourrissait à l’égard d’un jeune élu qu’il pouvait percevoir comme un concurrent potentiel. La suite ne démentira pas cette interprétation. Mais, malgré cela, je fus présent chaque fois que ce premier cercle se réunissait.

À partir d’avril 2014 et jusqu’en novembre 2019, ma fréquentation du manoir de Kerbriant devint donc régulière.

Le repas de midi précédant chaque conseil municipal ou métropolitain se tenait au manoir de Kerbriant, selon un cérémonial qui se répétait presque toujours à l’identique. À Kerbriant, comme dans toute cour, il existait des codes que seuls les habitués pouvaient décrypter. L’un des membres les plus aguerris de ce cercle eut d’ailleurs la bienveillance de m’en expliquer certaines règles peu après mon entrée. C’est dans l’ambiance feutrée du lieu que le premier cercle du maire réglait ses comptes et ses tensions internes. J’en fis d’ailleurs moi-même l’expérience cinq ans plus tard.

Le statut de chacun s’affichait à travers les « places réservées », dans le salon comme à table. Dans le salon, François Cuillandre s’installait toujours dans le grand fauteuil situé à gauche de la cheminée, sur laquelle fut longtemps aligné un nombre impressionnant de bouteilles d’alcool fort, vraisemblablement assez couteuses, mises à disposition des présents.

À table, le protocole se répétait avec la même constance : François Cuillandre était assis au centre de la table rectangulaire, face à la porte et dos à la cheminée. À sa droite prenaient place le directeur général des services et le directeur de cabinet ; à sa gauche, ses adjoints les plus loyaux (Abiven et Polard), tandis qu’Alain Masson occupait l’extrémité de la table, dans une position qui évoquait celle d’un arbitre des débats. Sa garde rapprochée l’entourait, toujours aux mêmes places. Les élus extérieurs à ce cercle historique, eux, lui faisaient face, dans une disposition qui évoquait davantage un jury d’examen qu’un simple repas.

L’apéritif servait à discuter de la situation générale et, aussi, à se livrer à quelques critiques sur certains « emmerdeurs » du moment, qu’ils soient issus de l’opposition ou de la majorité. Le début du repas permettait ensuite au directeur général des services et au directeur de cabinet de passer en revue les délibérations sensibles et de se répartir les prises de parole en vue des contre-attaques face à la droite.

En fin de repas, la parole revenait davantage à Alain Masson et Jean-Luc Polard pour évoquer les difficultés internes à l’équipe majoritaire et la manière dont elles avaient été tranchées.

Le maire parlait très peu, comme à son habitude, exprimant ses désaccords de manière brève, parfois par un simple signe de tête. Alain Masson et Jean-Luc Polard connaissaient parfaitement la musique et prenaient alors le relais, avec plus ou moins d’élégance selon les personnes, afin de faire appliquer les recadrages attendus.

Les validations s’exprimaient rarement de manière explicite, mais plutôt à travers des silences dont il fallait comprendre le sens. François Cuillandre n’approuvait quasiment jamais les décisions lui-même.

Pour la petite histoire, jeune élu, je suis allé voir Alain Masson, alors président de la majorité, étonné que le maire n’ait pas dit un mot à propos de l’une de mes propositions. Était-il d’accord avec ce que j’avançais ou pas ? Pouvais-je lancer l’action ? Le regard légèrement surpris, presque amusé, il m’a répondu : « Mais oui, il n’a rien dit. »

Ainsi va la politique à Brest : il faut apprendre à lire en creux. Là où, ailleurs, la politique se fait par les mots, ici elle se fait par les silences du premier édile.

Au-delà des repas préparatoires aux conseils, il y eut également plusieurs réunions de travail liées à la préparation des budgets annuels des deux collectivités ou aux grands projets de la métropole, notamment celui des Capucins, qui a connu des phases importantes de doute quant à sa réussite au regard de l’investissement engagé. Ces réunions se tenaient avec les services concernés, dans la discrétion du lieu et souvent avec des repas nettement moins agrémentés.

Il y eut aussi quelques repas du soir consacrés à des dossiers sensibles, comme celui de la Cantine, dans lequel le maire PS du Relecq-Kerhuon : Yohann Nédélec, s’opposait ostensiblement dans la presse contre BMa et son cher président.

Le manoir accueillait également des réunions à caractère politique partisan : discussions sur les stratégies d’alliance avec les différentes composantes de la majorité avant les élections, réunions de coordination des têtes de liste PS à l’échelle de la métropole, ou encore échanges relatifs aux découpages électoraux. Le lieu se prêtait particulièrement à cette atmosphère confinée, propice aux discussions stratégiques en amont des échéances électorales.

Il y avait enfin les réunions et repas des maires de la métropole, auxquelles je n’ai jamais participé. Il est probable que certaines discussions relatives à la fusion envisagée avec Crozon s’y soient également tenues.

Tout cela ne représente que la face visible de l’iceberg des usages de Kerbriant. Une face qui relève principalement du cadre institutionnel (avec, toutefois, quelques incursions plus contestables directement liées à des usages partisans d’un bien public).

Mais, au fond, si Kerbriant ne se limitait qu’à ces fonctions, justifierait-il vraiment le coût qu’il représente pour la collectivité, mais aussi l’attachement que certains semblent avoir à vouloir en maintenir l’usage actuel ?

Kerbriant, un lieu de pouvoir sur autrui, un lieu de domination politique

Comme c’est le cas dans d’autres lieux, tels que la cour d’un roi ou une cour de justice, la symbolique de l’espace exprime des rapports de domination et de soumission. Kerbriant est probablement l’un des lieux où ces mécanismes s’expriment avec le plus de force et de discrétion, contrairement au bureau du maire ou du président de la métropole, où les invitations sont formelles et l’accès clairement institutionnel.

La « puissance invitante », pour reprendre une expression consacrée, n’est jamais anodine. À Kerbriant, sans qu’il soit nécessaire de l’exprimer explicitement, le lieu confère un ascendant à celui qui en est le référent : le maire de Brest.

Cela explique, pour une large part, l’importance particulière que ce lieu revêt dans l’exercice du pouvoir municipal.

N’oublions pas que Kerbriant est cité à plusieurs reprises dans le dossier d’instruction de l’affaire Vivre à Brest. La juge d’instruction a interrogé les trois personnes mises en cause (Cuillandre, Masson, Polard) sur ce qui s’y était déroulé. Plusieurs élus ont évoqué les pressions qu’ils y avaient subies, dans un contexte où certains cherchaient à mettre fin à ce système de contrôle des élus par l’argent qui, selon eux, s’était progressivement éloigné de la vocation initiale de mutualisation de l’association. Ils témoignèrent que le maire était lui-même présent à ces recadrages.

Un repas à Kerbriant fut probablement le déclencheur de ce qui allait marquer la fin de l’équipe de gauche à Guipavas. Je fus l’observateur, aussi discret qu’impuissant, des rapports de force entre maires du même bord et des suites qui s’étalèrent dans la presse.

Pour ma part, la dernière fois que j’y ai déjeuné, en novembre 2019, ce fut dans un climat particulièrement tendu. J’avais alors simplement fait savoir que je ne me présenterais pas derrière François Cuillandre après sa mise en examen. La fin du repas prit la forme d’une mise en cause directe. En l’absence de ses deux principaux relais habituels qui avaient dû démissionner (Masson et Polard), plusieurs élus présents (Guével, Bonnard, Quiguer et Abiven) exprimèrent vivement leurs critiques, m’accusant de déloyauté, tandis que le maire, en retrait, observait la scène sans intervenir. La pression était claire : il s’agissait de me pousser à démissionner de mon mandat.

Alors oui, s’il fut un lieu de diplomatie pendant une période (même si je doute de la réalité du terme « diplomatie »), je crains qu’il ne soit devenu, au fil du temps, davantage un lieu d’expression du pouvoir personnel du maire sur autrui. Une évolution qui interroge profondément les méthodes de gouvernance, et qui s’éloigne de ce que la gauche est censée incarner.

La face cachée de Kerbriant

La dernière facette de ce lieu nous fait entrer dans un domaine beaucoup moins visible dont la connaissance est aujourd’hui limitée à une poignée de personnes à Brest.

  • Qui sont les personnalités qui ont pu résider plusieurs mois dans le manoir de Kerbriant sans, à ma connaissance, s’acquitter du moindre frais ?
  • Qui sont les personnes reçues avec tous les égards et à grand frais lors de leur passage à Brest, bénéficiant d’un accueil dont la nature et les contreparties interrogent ?

Le manoir de Kerbriant ne s’invite pas dans cette campagne par hasard. Il suscite un véritable malaise à Brest, y compris dans l’entourage politique du maire. Car, à Brest, rien ne reste vraiment secret très longtemps. Pourtant, une forme d’omerta s’est progressivement installée autour de ce lieu, protégeant l’identité de ceux qui y ont été accueillis. C’est le sens de l’interpellation formulée dans la presse de cette semaine par la liste « Brest Nouvelle Vague » :

« Qui a été reçu dans ce manoir ces dernières années ? Dans quel cadre officiel ? Et surtout, pour quels bénéfices concrets pour la ville ? Les contribuables sont en droit de savoir comment est utilisé ce lieu qui leur appartient »

Évidemment, très peu de personnes connaissent les réponses à ces questions, par nature protégées par la confidentialité du lieu et l’impossibilité d’y mener des investigations. Mais de nombreux élus se les sont posées, et semblent se les poser encore, au vu des échanges que j’ai eus ces derniers jours à ce sujet.

Aujourd’hui, j’entends circuler des noms étonnants dans l’entourage du maire, mais je ne dispose pas, à ce stade, d’éléments ou de témoignages permettant d’en tirer des conclusions définitives. Comme l’ont demandé d’autres listes engagées dans la campagne municipale, il serait honnête que le maire de Brest rende public le détail exhaustif de l’occupation du manoir, au moins pour le dernier mandat, afin d’en garantir la transparence.

J’invite d’ailleurs toute personne ayant eu connaissance d’occupations prolongées ou d’usages particuliers du manoir à me contacter, si elle le souhaite, dans la discrétion nécessaire.

Enfin, si la majorité municipale venait à changer, il me semblerait légitime que la suivante procède à un audit sérieux de l’usage (notamment privé) qui a pu être fait de ce manoir au cours des vingt dernières années.

Certains qualifieront ces usages, pudiquement, de contribution au rayonnement de Brest à travers l’accueil de personnalités. Pourtant, les hôtels ne manquent pas dans la ville, avec l’avantage d’un coût transparent et traçable pour l’argent public. Kerbriant apparaît, à mes yeux, avant tout comme un outil d’influence et de séduction, concentré entre les mains d’une poignée de personnes et exercé dans la plus grande opacité.

Comme en 2020, François Hollande, l’un des hôtes passés par Kerbriant, viendra soutenir la liste de François Cuillandre ce week-end à Brest. Peut-être y résidera-t-il à nouveau ?

Combien sont-ils, parmi les soutiens les plus en vue du maire, à avoir été reçus personnellement dans ce lieu confidentiel, à l’invitation du maire ? D’ailleurs, s’agit-il encore d’une liste de soutien à un projet politique, ou le reflet de relations construites, au fil du temps, dans la discrétion et les privilèges de ce manoir municipal ? Kerbriant est-il, au fil des années, devenu la « datcha » du maire ? Ce dont il est question ici relève moins de la diplomatie que de relations personnelles susceptibles de créer, à terme, des formes de dépendance ou de redevabilité.

Pour la fin des « privilèges » à Brest

Les secrets et l’opacité qui entourent le manoir de Kerbriant le placent dans une zone grise propice aux dérives des pratiques politiques. Je ne crois pas que les Français, et les Brestois en particulier, soient favorables au maintien de tels privilèges pour les élus et leurs proches.

Alors oui, je rejoins la proposition portée par la liste de Sébastien Muscat. Il est temps de sortir cette bâtisse, héritée d’un autre temps, de l’opacité dans laquelle elle est maintenue, et de lui redonner un usage conforme à l’intérêt général.

Qu’il s’agisse d’en faire une résidence d’artistes ou de le céder afin de financer la rénovation d’une école ou d’un terrain de sport, l’essentiel est de rompre avec des pratiques qui, lorsqu’elles sont révélées, éloignent encore davantage les citoyens de la politique.

La décision publique exige aujourd’hui de la transparence, des relations équilibrées et une conception du pouvoir qui ne repose ni sur la domination ni sur des cercles restreints.

Brest n’a pas besoin de lieux à l’écart du regard public, où se construisent des relations d’influence sans contrôle démocratique. Elle a besoin d’institutions ouvertes, lisibles et pleinement au service des citoyens et de l’intérêt général. Car une démocratie ne se juge pas seulement à ses discours publics, mais aussi à ce qui se décide derrière ses portes closes, surtout dans une période aussi mouvementée que la nôtre.

[Image : Collection des Archives municipales et métropolitaines de Brest]

[Mise à jour du 8 mars 2027] Dans les jours qui ont suivi cette note, la polémique a enflé. La liste de Stéphane Roudaut a également demandé des comptes au maire (ici), et une pétition a été lancée pour réclamer plus de transparence sur les usages du lieu (ici).

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