Expérimentation en Bretagne : effacement de 70 MW
Cet hiver, RTE, le gestionnaire du réseau électrique français va expérimenter pour la première fois une gestion des pics de consommation par effacement diffus. La puissance ainsi effacée sera de 70 MW (c-à-d une consommation équivalente à celle d’une ville de la taille de Quimper).
L’effacement diffus, c’est la possibilité de couper, à distance et pour quelques minutes seulement, des éléments gros consommateurs d’énergie électrique, sans que cela n’altère l’usage finale. En d’autres termes, en plein hivers lorsque tous vos radiateurs chauffent, on les éteint pendant 10 minutes. Si on fait cela successivement avec 5 autres de vos voisins, on a fait comme si l’un des 6 n’avait pas allumé ses radiateurs, pendant une heure. Pour autant, les 6 foyers seront chauffées et ne ressentiront pas la gêne qui pourrait être occasionnée si vous coupiez réellement les radiateurs pendant toute une heure. Tout cela se fera de façon pilotée par un petit boitier, installé chez l’usager, relié à un opérateur gérant l’ensemble de la mécanique. Les coupures se feront aux quelques heures de l’année où la demande est très au-dessus de la production électrique.
Quel est l’intérêt me direz-vous ? L’intérêt est d’éviter de dimensionner les usines de production d’énergie, comme les réseaux, en fonction de la plus forte demande d’électricité de l’année, mais au contraire, de lisser légèrement cette demande dans le temps. C’est un peu comme pour les routes, doit-on les dimensionner pour le trafic minimal la nuit ou alors, celui des heures de pointes ? La réponse est bien sûr entre les deux, du fait du coût auquel conduirait un dimensionnement au trafic le plus élevé et de l’espace gâché qui serait inutilement pris 95% du temps. La contrepartie est que cela entraine des embouteillages, c’est-à-dire des moments de la journée où les vitesses se réduisent pour faire face à une pointe de trafic. C’est pareil pour les réseaux électriques, aux heures de pointes, on ralentira un peu la cadence grâce à de l’effacement diffus. Mais cela n’empêchera pas de chauffer les logements, tout comme les embouteillages n’empêchent pas les gens de rentrer chez eux le soir ! Après, c’est la question de la qualité de service par rapport à son coût qui doit positionner le curseur entre les deux extrêmes.
Jusqu’à maintenant, face à l’augmentation continue de la demande, le réflexe des énergéticiens était plutôt de tout dimensionner suivant la demande maximale (la pointe). Cela a évidemment un coût et puis, il n’y a semble-t-il plus grand monde à se bousculer pour accueillir une centrale ou un pilonne électrique chez lui … tout comme une grosse route devant sa fenêtre, d’ailleurs. Ajuster les flux intelligemment est donc une option pertinente et économe en termes de service.
Cette expérimentation, qui se conclura positivement je l’espère, est un des axes amenés par le pacte électrique breton dont j’ai déjà largement parlé ici. Comme quoi, le changement est bien possible, encore faut-il commencer par le vouloir et mettre en place les énergies pour le faire avancer !
Sur le site de RTE [ici]
Article dans l’Usine nouvelle [ici]
Votre article est intéressant et montre bien que la participation de la demande doit devenir incontournable pour maintenir l’équilibre du système électrique au cours des années à venir. Je préciserai simplement que ces effacements permettront avant tout de réduire les congestions survenant sur le réseau local en mal de production, et ce aussi bien lors de pics de consommation (3 février) qu’en période moins tendue (26 juillet). De manière plus générale, les contrats d’effacement existants aujourd’hui et conclus avec RTE visent à traiter la problématique de l’équilibre offre/demande national, qui est décorélée de la question de la gestion
de la pointe électrique.
J’aime la technologie lorsqu’elle est intelligente !
Très bonne idée redant chaque citoyen reponsable mais attention à ce que la location du petit boitier soit à un coût raisonnable car sinon !
Le « petit boitier » est gratuit et son installation aussi.
L’opérateur se rémunère en vendant les effacements de courant sur le marché de l’énergie, au moment de la pointe, là où les prix de la production (ou de l’effacement pour arriver à l’équilibre) sont les plus chers.
Il n’y a donc pas de coût supplémentaire pour le particulier … peut-être même une baisse de sa facture puisqu’il consomme théoriquement un peu moins.
Pour le moment, les opérateurs se lancent et n’ont pas forcément un retour sur investissement immédiat. Mais ce marché apparait comme assez « juteux » et de nombreux acteurs risquent de vouloir aller dessus (y compris les collectivités d’ailleurs pour réguler tout cela).
Article très intéressant ! Merci