Européennes, les socialistes sont restés ce qu’ils sont !
Depuis le début de la semaine, je regarde les réactions de mes camarades socialistes sur le bilan de ces européennes et le moins que je puisse dire, c’est que j’ai du mal à partager leurs analyses de la situation.
Il fut un temps où, lors des échecs électoraux de mon parti, j’analysais les votes comme une forme d’ingratitude ou d’incompréhension du monde par la population française. J’ai changé d’avis. Je crois aujourd’hui qu’il y a une véritable pertinence dans le vote des français et qu’il témoigne plutôt d’un effet miroir sur ce que Le Politique donne à voir au monde. Le vote des français est avant tout une forme de sondage grandeur nature qu’il s’agit de décrypter.
L’abstention d’abord
Il est clair que depuis le vote sur le traité constitutionnel européen, l’Europe n’est plus la même pour les français. Le TCE est une cassure dans la construction européenne qui témoigne d’une incompréhension sur le sens de l’Europe que nous voulons construire : pourquoi, comment, avec qui et pour qui ? Un regard réaliste sur le monde permet d’y trouver une réponse … mais cette réponse ne plaît pas aux citoyens. C’est d’abord une Europe de l’économie et du nivelage par le bas. C’est ensuite une Europe réglementaire avec ses contraintes incomprises. C’est enfin une Europe dénuée de moyens à l’échelle du citoyen. L’Europe est désincarnée, sans nouveau sens et nouveau but pour les citoyens. Les discours peuvent être bons et enjoués en périodes électorales, les citoyens ne s’y projettent plus, n’y croient plus.
Le vote ensuite
L’abstention est un élément de myopie rendant toute analyse microscopique osée, d’autant plus que chaque parti dispose d’une force d’irréductibles qui constituent un talon électoral difficile à estimer. Les messages peuvent donc se résumer à un décryptage macroscopique des tendances.
Les tendances macro sont connues : très bon score des Verts, bon score de l’UMP, faible score du PS et très faible score du MoDem.
Verts et MoDem s’articulent dans un jeu de vases communicants dans un vote, si ce n’est de sanction, à minima de non adhésion aux programmes des deux autres. Ce jeu a pu un temps bénéficier au FN. Le 21 avril aura suffisamment marqué les esprits pour vacciner de la tentation d’un vote contestataire aux extrêmes.
Quels messages passent UMP et Verts pour arriver à créer l’adhésion ?
Le premier est un message commun fort sur l’écologie. C’est évidemment le core business des Verts, mais l’UMP, au travers des Grenelles de l’environnement, a su donner l’image d’un parti qui chercherait à trouver des réponses concrètes sur ces sujets-là. Il n’en est qu’au stade des questions, mais il est probable que les français soient sensibles à un parti qui prenne cela en considération.
Le second est un double message d’opposition. Un discours plutôt social de gauche et cadrant l’économie (présence d’Eva Joly) pour les Verts, quand l’UMP se place comme toujours sur un discours capitalisme libéral, axé sur le soutien de ceux qui sont valorisés par l’économie et donc souvent aussi les plus riches.
Le troisième et dernier qui me semble donner sens est aussi un message d’opposition entre les deux : un parti plutôt historiquement libertaire, face à un parti qui revendique un discours sécuritaire, adossé parfois à un management politique quasi autoritaire.
Dans les trois cas, ces messages furent assumés et clairement identifiés dans la communication ou l’action des deux partis.
Et le PS dans tout cela ?
Dans ces élections, les socialistes sont restés ce qu’ils sont ! Ils ont travaillé, entre eux, un texte programmatique, traitant les problèmes économiques, sociaux et l’écologiques sous une forme curative.
Conclusions
Dans ces élections, ce qui se passe au sein du PS m’apparaît finalement comme jouant un rôle secondaire dans le résultat final. Certains critiqueront les désignations, le congrès de Reims, la guerre des chefs, etc … J’ai le sentiment que cela relève du people dans l’esprit des citoyens et qu’ils savent maintenant parfaitement faire la part des choses entre le people et la politique (le cas Dati en témoigne.) Le problème du PS n’est donc pas dans ses fonctionnements ou dans la personnalité de ses chefs, il est bien sur le fond : sa posture politique et ses façons d’élaborer ses propositions politiques.
Deux leçons me semblent claires pour renouer avec les français. La première est d’évidence : recommencer à travailler avec eux, peut-être d’une façon nouvelle par rapport à nos modes d’actions historiques, mais nous ne réussirons jamais en allant vers eux qu’une fois notre programme bouclé. La seconde est qu’il nous revient le devoir de décrire le siècle que l’on veut, d’affirmer ce qui dans le monde d’aujourd’hui est acceptable et ce qu’il ne l’est pas, de dire clairement ce qui compte pour nous et ce que nous pouvons laisser de coté. Cette perspective claire, cette vision d’un autre monde, conscient des difficultés, des efforts et du chemin à parcourir, c’est ce qu’attendent de nous les français.
Je suis d’accord avec toi mon cher Thierry, mais avant de parler d’impliquer les français dans la construction de notre programme, il faudrait penser à impliquer d’abord les militants, et avant le vote qui est sensé l’avaliser….
Pas sûr … au sens où il faudrait faire l’un avant ou plus que l’autre.
A mon avis, la réflexion de nos militants et des français doit se jouer de concert, sinon nous échouerons. Penser que les militants doivent travailler, puis ensuite aller convaincre du bien-fondé de nos réflexions est une double erreur : d’abord ceux qui aiment réfléchir (au sens de se triturer les méninges) dans le parti ne sont pas forcément ceux qui aiment aller convaincre (au sens de faire du terrain et aller vers les français) ensuite, dans le monde dans lequel nous vivons, les gens n’aiment plus prendre des programmes tout fait, ils aiment avoir leur mot à dire … et c’est par ailleurs légitime.
Ma conclusion serait donc que les partis doivent se muter dans des organisateurs de la réflexion, comme des catalyseurs d’une intelligence collective dont ils devront ensuite être les témoins, auprès de ceux qui produiront les documents programmatiques permettant d’atteindre les objectifs que nous nous seront fixés avec les français.
Les parti ne doivent plus privatiser la réflexion et croire qu’ils seront compris en temps voulu (d’expérience, c’est foireux !) Ils doivent rendre possible et accompagner.
Aujourd’hui, l’observation du monde sans fard et sans se mentir à soi-même est un acte politique. J’ai personnellement confiance dans le fait que les réponses sortiront simplement de cela et qu’en plus, elles nous seront favorable politiquement.
« Rendre possible » : tout-à-fait Thierry !
Je pense que c’est exactement ce que se sont efforcées de faire les listes Europe-Ecologie, en intégrant différents mouvements centrés sur des problématiques très particulières, et donc incapables à eux seuls de rassembler suffisamment de suffrages pour espérer pouvoir porter leurs idées à Strasbourg.
Voir ça par exemple : http://www.liberation.fr/politiques/06011025-les-clowns-ont-une-eurodeputee
Dans ton billet, tu parles des Verts : je pense que tu as tort de confondre le parti politique avec les listes qui ont fait 16%. les Verts auraient été incapables de faire un tel score (3% aux présidentielles ?). La moitié des têtes de listes n’était pas des Verts, et ils se sont très largement ouverts au monde associatif et syndical.
Je pense que leur démarche va dans le sens de ce que tu souhaiterais pour le PS, à savoir un catalyseur d’idées, un creuset de réflexions complémentaires : une autre démarche politique proposée aux électeurs.
A l’opposé, je n’ai pas trouvé que le PS ait fait preuve d’une grande modernité pour ces élections, en envoyant des seconds couteaux inconnus au casse-pipe, certains parachutés. Certainement des gens très bien, mais qui ne donnaient tout simplement plus envie…
Je ne partage pas ton analyse sur votre échec. Je connais plusieurs encartés PS « historiques », ex-militants et colleurs d’affiches, qui n’ont pas voté socialiste cette fois-ci. Blasés et sans espoir pour ce parti qui ne fait plus que les décevoir. Le congrès de Reims a été dévastateur, et le bal des prétendants a repris cette semaine sur les ruines encore fumantes des européennes… Inutile de proposer du fond tant que la forme remplit tout l’espace disponible.
Bon courage quand même !