Bêtise urbaine
Albert Einstein a dit : « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine … mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. » L’actualité nous permet encore une fois de vérifier les théories de ce grand scientifique … malheureusement, pas en ce qui concerne l’univers !
Beethoven s’est immiscé dans le débat public français au travers de cet éclair de génie qu’est le système répulsif anti-jeunes, mis au point par un ancien ingénieur britannique qui souhaitait mettre fin au harcèlement de sa fille par d’autres jeunes. Quelques commerciaux ont du sentir là un marché potentiel et le tour était joué. Evidemment, ce dispositif fait grand débat en frappant sélectivement une population donnée, quand bien même elle ne produirait pas les nuisances dont on l’accuse. Nous sommes ici dans le règne la frappe chirurgicale préventive !
Si Beethoven a loupé son coup commercial en France (quoi que …), la philosophie même du produit n’est pas à son balbutiement : comment fragmenter l’espace public pour que les honnêtes gens ne soit plus importunés par certaines nuisances … humaines ?
Dans le même esprit, j’ai trouvé ces quelques images sur Fickr qui offrent une galerie impressionnante sur les excroissances urbaines anti-SDF. En se promenant dans les rues, on n’imagine pas que telle forme ou telle autre, peuvent avoir été pensées dans un but bien précis. Ces quelques images donnent à réfléchir sur certains mouvements architecturaux que l’on peut trouver esthétiques, mais qui ont d’abord vocation à l’exclusion.
Ces politiques sont dangereuses car elles éloignent de la vue du citoyen des problèmes sur lesquels il nous faudra trouver ensemble des réponses. S’il y a des problèmes avec certains jeunes, ce n’est pas qu’un problème de jeunes, c’est aussi un problème de société, où chacun est acteur. Idem avec les sans domicile fixe, s’il y a des gens dans la rue, cela concerne aussi ceux qui ne le sont pas. Déplacer n’a jamais régler aucun problème.
Il y a dans nos sociétés un certain nombre de bombes à retardement qui sommeillent. On peut choisir de regarder ailleurs, mais on ne maitrisera ni l’issue, ni la façon de résoudre ces tensions. Ne nous y trompons pas, l’histoire a démontré maintes fois que les solutions finissaient toujours par émerger mais que plus la tension est importante, plus la réponse est violente.
« Loin des yeux, loin du cœur » dit un dicton populaire … en cherchant un peu, ne pourrions-nous pas trouver d’autres voies à nos problèmes de société …
Ici des « systèmes répulsifs anti-jeunes », là du mobilier urbain « anti personnes sans domicile », ailleurs des portiques dans les écoles, en terme de régression sociétale, les exemples ne manquent pas. Des fois, suffit juste de regarder sous son nez pour voir l’innaceptable. A Brest même l’on a aussi nos propres régressions. Voir les fumeuses ordinateurs de vote imposés par le « gouvernement Cuillandre 1 » qui ne permettent plus aux citoyens brestois de contrôler les différentes des scrutins électoraux. Mais quand l’innaceptable est issu d’un cerveau progressiste socialiste, l’acceptabilité régressive semble devoir s’imposer comme une normalité au grand bénéfice des marchands du temple.
Je ne peux être d’accord quand vous dites : « Ces politiques sont dangereuses car elles éloignent de la vue du citoyen des problèmes sur lesquels il nous faudra trouver ensemble des réponses. ». Alors à quand le retour de scrutins démocratiques à Brest contrôlables par les électeurs?
Autre exemple : les bancs sur les quais des gares. Essayez de vous allonger dessus. Impossible, des accoudoirs, qui ne servent à rien car il dépassent de moins de 10 cm, sont astucieusement disposés pour rendre votre repos inconfortable.
Et sur la plupart de ces bancs, il n’y a même plus de dossier.
… Et l’on pourrait aussi parler de la vidéosurveillance sur le domaine public où quand des élu-e-s capitulent face aux questions sociétales et préférent répondre à de vraies questions par une fuite en avant ultra sécuritaire.
D’ailleurs vous pourrez peut être en qualité d’élu contribuer à répondre à un de mes questionnement sdu moment. Quelle réponse la société peut apporter à des gamins de 10-11 ans qui crachent à la figure des adultes quand il y a carence des parents en terme d’autorité?
Monsieur Perrot,
Je suis heureux de voir que vous arrivez à sortir de vos 2 sujets de prédilections que sont les diaboliques machines à voter et les péages urbains illicites !
La question que vous posez très justement est en effet une question que le politique a du mal à se saisir … d’abord parce qu’elle remet en question la société toute entière, 30 ans après la révolution sur le rapport à l’autorité de 68 , … mais aussi parce qu’il n’y a pas encore de courant dominant qui émerge dans les façons de penser et de faire. Les deux courants (pré et post 68) s’affrontent encore dans le débat public, avec toujours une vision très manichéenne du sujet … même si on voit enfin poindre une troisième voie.
L’élu étant aussi père, c’est aussi une des questions que je me pose à titre personnel. Comme le hasard fait bien les choses, je lis en ce moment le livre de la psychanalyste française Claude Almos qui vient de paraître : « L’autorité expliquée aux parents ». On n’y trouve pas des réponses toutes faites, mais cela laisse à réfléchir sur notre façon d’éduquer et notre rapport aux enfants.
Je trouve que ce livre est très éclairant sur la nature même de ce qu’est un enfant et sur le rôle de l’adulte pour l’aider à grandir, dans la société. Je pense que tout un chacun y aurait à s’instruire (les politiques y compris !)
–
Sans conclure sur le sujet et pour revenir au politique, j’aime bien un proverbe africain sur le même sujet :
« Il faut tout un village pour éduquer un enfant. »
Je ne pense pas que la carence d’autorité ne revienne qu’aux parents. C’est toute la société qu’il faut réinterroger.
Bien cordialement