Arrêtons la caricature et faisons de la politique
Depuis plusieurs jours, on entend à droite comme dans une certaine gauche des propos sur une soi-disant « mollesse » du candidat à la primaire, François Hollande. On entend parler dans la presse ou dans les réseaux sociaux de « gauche molle » ou de « balladurisation », comme pour faire prendre pour une évidence ce qui ne l’est en fait pas du tout.
Je n’associe pas la notion de mollesse à la détermination. Quand un candidat se lance dans un combat électoral avec 5% de votes favorables dans les sondages, face à un autre prétendant qui est affiché comme quasiment élu dans les médias (DSK), je n’appelle pas cela de la mollesse, mais de la détermination et du courage, probablement d’ailleurs alimenté par une vraie vision personnelle du pouvoir et non seulement du programme d’un parti.
Je n’associe pas la mollesse au respect de ses adversaires. Quand un candidat donne comme consigne à ses équipes de ne pas faire de campagne de terrain pour lui, mais seulement pour la primaire, je considère aussi que c’est un choix courageux et qui témoigne d’une réelle confiance en soi et en ses idées. Que d’autres camarades aient fait d’autres choix, cela les regarde, mais aux yeux des citoyens (et probablement de la droite) il n’y aurait rien eu de pire que des équipes de campagne en train de s’écharper sur chaque marché, sur le jeu du porte-à-porte, des collages d’affiches ou des diffusions de tracts. Si chaque candidat avait fait le choix d’un marketing agressif, nous serions aujourd’hui dans une foire d’empoigne et donc, un message complètement différent du débat apaisé qui transparait, grâce aux différents débats télévisés. Dans une société harcelé par la compétition et la communication, je trouve qu’avoir fait le choix d’une campagne de candidat aux primaires à minima, en faisant confiance à l’intelligence des électeurs, est un choix ambitieux et porteur de sens.
Enfin, je n’associe pas la mollesse à l’écoute et au respect d’avis différents. Il y aurait d’un coté ceux qui font les choix et de l’autre, ceux qui n’en feraient pas. Non, bien-sur ! Par contre, il peut y avoir deux méthodes : une plus orientée vers des décisions unilatérales du pouvoir et encadrées par la loi et de l’autre, une autre plus orientée vers la recherche de consensus et vers des applications par la négociations entre acteurs. Faire croire que l’on peut tout diriger et trouver les bonnes solutions d’en haut est une hérésie. Il n’y a plus que les grands patrons du CAC 40 (et Sarko) à croire cela ! Les décisions doivent pouvoir s’adapter aux situations, aux contextes, aux groupes. Ce qui est vrai ici peut être faux et improductif-là. Les choses ne sont pas complexe en soi, mais c’est le respect de la diversité qui leur donnent toute leur complexité. L’exercice du pouvoir nécessite de l’écoute, de la nuance et une grande capacité à faire confiance aux citoyens, pas seulement aux lois !
Nous sommes à une époque où les médias et les réseaux sociaux, manipulés par des cabinets de communication, sont en capacité à dézinguer un candidat en fabriquant des procès d’intention axés sur des lieux communs et des caricatures complètement extérieures au débat. Méfions-nous de cela, car ceux qui utilisent ces outils sont souvent ceux qui n’aiment pas que nous pensions pas nous-mêmes.
Salut Thierry,
Je m’attendais à lire des arguments politiques en faveur du vote François Hollande dans ce billet. J’avoue que je suis un peu déçue. Revenons donc aux points que tu abordes :
1/ Tout d’abord, il y avait sur le site internet de François Hollande, avant le 1er tour, des tracts à télécharger et diffuser largement. Il a lui même appelé ses soutiens à diffuser le plus largement possible la bonne parole à quelques jours du premier tour. Et cette semaine, ses soutiens Brestois impriment des milliers de tracts et vont faire exactement ce que tu reproches aux militants de Martine Aubry. Alors, peut-être que tout ceci t’as quelque peu échappé. Peut-être que le fait que les sondages se soient largement plantés en vous laissant espérer une élection au 1er tour change un peu la donne. Mais, pour le coup, c’est réellement viser à côté de la plaque que de développer de tels arguments face à des militants qui ont tout simplement décidé de militer dans un scrutin ouvert à toute la gauche. Et sans agressivité.
Par ailleurs, je comprends mal que tu assumes que les « hollandais » aient décidé de faire une campagne à minima, tout en réclamant une confrontation supplémentaire en interne au PS entre représentants des candidats. Les militants se sont déjà positionnés et ont eu des débats avant le 1er tour. Les citoyens ont le débat de ce soir pour choisir.
2/ L’accusation de « mollesse » tient, je pense, tout d’abord à son action à la tête du Parti Socialiste. Martine Aubry a agi différemment, avec des résultats qu’il appartient à tous de juger. Aboutir à un projet ambitieux, financé, auquel François Hollande n’a d’ailleurs pas grand chose à ajouter, est une des clés de la victoire pour 2012. Il lui a fallu pour cela organiser de grandes conventions, écouter tout le monde et parvenir à un large consensus. Et aboutir à un tel projet est évidemment capital pour 2012. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à simplement donner de grandes lignes, il faut préciser son projet et montrer sa combattivité face à une droite plus déterminée que jamais à garder les rênes. François Hollande, du fait de sa position de « favori », a laissé aux autres candidats le soin de faire des propositions précises, argumentées, tandis qu’il adoptait une attitude stratosphérique. Mais je suis sûre qu’il changera d’attitude ce soir.
3/ Enfin, Martine Aubry n’a pas échappé à sa dose de faux procès dans cette campagne. Candidate de substitution et j’en passe. Et laisser sous-entendre qu’elle veut tout imposer par la loi en est un. Elle a beaucoup dialogué avec les syndicats, les partenaires sociaux lors de son passage au Ministère des Affaire Sociales. Quand elle veut créer un nouveau pacte éducatif avec les enseignants, ce n’est pas par la loi. Mais elle a su à des nombreuses étapes de son parcours montrer la détermination nécessaire à la réalisation de grands projets de la gauche.
Bonne fin de semaine, à dimanche dans le bureau de vote !